Tous les chemins mènent à Verdun

Si Claude Demers aspire à l’universel en scrutant des êtres en souffrance et d’autres dans l’action, sa démarche cinématographique possède tout de même de fortes résonances personnelles.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Si Claude Demers aspire à l’universel en scrutant des êtres en souffrance et d’autres dans l’action, sa démarche cinématographique possède tout de même de fortes résonances personnelles.

Il ne faut jamais dire jamais, et Claude Demers en sait long à ce sujet. « Jeune, j’ai fui Verdun en me disant que je n’y retournerais pas », déclare le réalisateur du film D’où je viens, « une quête personnelle et un portrait en mosaïque » d’un secteur de Montréal en pleine effervescence, mais longtemps associé à une certaine pauvreté urbaine.

Au centre de ce documentaire d’une grande beauté, avec ses images aériennes à couper le souffle et ses incursions dans des habitats naturels dignes des campagnes les plus éloignées, deux garçons des environs, Cédric et Bastien, deviennent en quelque sorte les alter ego contemporains du cinéaste, lui dont l’enfance fut tumultueuse. « Mais ce n’est pas qu’une histoire de souffrances », tient-il à préciser. Ses héros, espiègles mais parfois meurtris, il a mis du temps à les trouver. « Je me suis assis sur les bancs d’école, j’ai rencontré des orthopédagogues, des policiers, et j’ai même loué un appartement à Verdun alors que j’habite à 20 minutes en auto. Ce fut une immersion totale. »

Ce n’est pas la première fois que Claude Demers plonge dans des univers qui ne sont pas tout à fait les siens, bien connu pour son touchant Barbiers – une histoire d’hommes, et l’étonnant Les dames en bleu, moins sur le chanteur Michel Louvain que sur ses admiratrices, dont la ferveur frise parfois la dévotion religieuse. Il y a bien sûr un léger fil d’Ariane qui relie les trois documentaires de celui qui s’est d’abord fait connaître comme cinéaste de fiction (L’invention de l’amour), puisant dans son histoire familiale sans pour autant jouer la carte du journal intime ou de l’album photos. Alors qu’il préférait jusque-là les récits « portant sur des huis clos et des désordres amoureux », son arrivée sur le terrain documentaire a coïncidé avec des bouleversements personnels. « J’ai retrouvé ma mère biologique et je me suis occupé de mes parents malades, deux choses qui m’ont donné un ancrage et m’ont beaucoup remis en question, comme homme et comme cinéaste. »

Son approche documentaire, « à la fois lyrique et réaliste », trouve un certain aboutissement dans D’où je viens. « À travers mon regard, je veux transcender la laideur et le malheur par la beauté. Enfant, je trouvais Verdun affreusement laid, car je m’éveillais au monde et à l’art avec Baudelaire, Camus, etc. Des années plus tard, je célèbre cette ville avec une tout autre vision. Quand je filme un Dunkin Donuts dans la nuit, ça peut être beau comme un tableau d’Edward Hopper. »

Claude Demers souligne qu’il ne cherchait pas nécessairement à capter la couleur locale, à faire « un film de quartier » selon une certaine tradition de l’Office national du film du Canada, par ailleurs une première collaboration entre le cinéaste et l’institution fédérale. « Je dis souvent que ce n’est pas un film sur Verdun, mais un film qui se passe à Verdun. Le quartier que je montre, il y en a partout dans le monde qui lui ressemblent. Le film possède sa propre universalité. »

Et même si le réalisateur aspire à l’universel en scrutant des êtres en souffrance et d’autres dans l’action (dont à la chasse et à la pêche !), sa démarche cinématographique possède tout de même de fortes résonances personnelles. « Me suis-je réconcilié avec mon passé ? Je ne sais pas… mais je vais un peu plus souvent àVerdun ! Je sens une forme d’acceptation, et j’ai maintenant une fierté, un sentiment d’appartenance. » Comme quoi tous les chemins, ainsi que les longs détours, finissent toujours par nous ramener… à Verdun.

D’où je viens prendra l’affiche au cinéma Excentris à Montréal et au cinéma Le Clap à Québec ce vendredi 26 décembre.

1 commentaire
  • Ben Batt - Abonné 23 décembre 2014 07 h 58

    Ma ville?

    Je ne l'avais jamais sous cet angle.