Annie, fille d’aujourd’hui

Annie devient une fillette de son temps qui carbure aux réseaux sociaux. Jamie Foxx interprète le riche Will Stacks et Rose Byrne, sa sensible conseillère.
Photo: Columbia Pictures Annie devient une fillette de son temps qui carbure aux réseaux sociaux. Jamie Foxx interprète le riche Will Stacks et Rose Byrne, sa sensible conseillère.

Tout comme pour le western, on ne cesse d’assister à l’agonie et à la résurrection de la comédie musicale, un genre illustrant bien les humeurs d’une époque. En 1977 sur Broadway, Annie, c’était bien plus que l’histoire d’une mignonne orpheline recueillie par un vulgaire capitaliste découvrant qu’il avait un coeur. C’était aussi un hommage (discret) aux vertus de la solidarité, incarnées par la figure du président Roosevelt et son New Deal, la petite Annie étant une victime collatérale des ravages de la Grande Dépression. La version cinématographique de John Huston en 1982 reproduisait tout cela de manière clinquante.

Will Gluck (Easy A, Friends with Benefits) préfère y voir une fille d’aujourd’hui, victime des circonstances plutôt que d’un système économique, faisant preuve d’une agilité étonnante à servir son image sur les réseaux sociaux, à saisir les occasions d’affaires, et à marchander son aura de naïveté au milieu d’une bande d’arrivistes. Elle n’est d’ailleurs plus blanche de peau et rousse de chevelure, devenue plutôt une charmante Afro-Américaine incarnée par la candide (mais pour combien de temps encore ?) Quvenzhané Wallis, vedette du magnifique Beasts of the Southern Wild, de Benh Zeitlin.

Dans ce New York rutilant, où la pauvreté est parfois évoquée mais jamais montrée, la fillette souffre de la domination d’une fausse mère courage (Cameron Diaz, qui en fait des tonnes). Lors d’une de ses escapades interdites loin de son foyer d’accueil, elle est sauvée des roues d’un chauffard par Will Stacks (Jamie Foxx, aux limites de l’impassible), le puissant patron d’une entreprise de télécommunications aspirant à la mairie de New York.

Ce geste héroïque spontané et relayé sur les médias sociaux adoucit l’image de ce politicien arrogant, et ses conseillers (Rose Byrne et Bobby Cannavale) y voient une formidable occasion d’attendrir les électeurs. Annie devient alors la mascotte de cet ambitieux insensible, servant au passage ses propres objectifs, dont celui de retrouver ses parents.

La « relecture » contemporaine de Will Gluck souffre bien sûr des maux de son temps, adepte du racolage visuel, du laminage esthétique, et de la nouveauté à tous crins. Les amateurs retrouveront quelques classiques du livret d’origine (Maybe, Tomorrow), mais entremêlés à des chansons originales adoptant des rythmes d’aujourd’hui, l’amalgame offrant une partition en rien harmonieuse. Sans compter cette autre manie de permettre aux acteurs de pousser la note, espérant que les nouvelles technologies puissent compenser leur relative dextérité vocale. À ce chapitre, entre Diaz incapable de nous faire croire au passé de chanteuse de son personnage à Cannavale vite au bout de son souffle, nos oreilles parfois se désolent.

Cette figure enfantine un brin opportuniste, sauvée des griffes des vilains grâce à sa présence sur Twitter et Instagram, suscite parfois l’étonnement, rarement la sympathie. Will Gluck, lui, nous entraîne dans une suite de décors aseptisés qui fera baver d’envie les nouveaux riches en mal d’inspiration. Quant aux aficionados de comédies musicales, ils ne risquent pas d’adopter cette Annie.

Annie

★★ 1/2

Comédie musicale de Will Gluck. Avec Quvenzhané Wallis, Cameron Diaz, Jamie Foxx, Bobby Cannavale. États-Unis, 2014, 111 minutes.