Au naturel

Outre la dévotion physique au rôle, c’est dans la modulation des émotions et dans l’intériorité de son jeu que Reese Witherspoon convainc le plus.
Photo: Fox SearchlIght Outre la dévotion physique au rôle, c’est dans la modulation des émotions et dans l’intériorité de son jeu que Reese Witherspoon convainc le plus.

Cheryl Strayed devrait être morte. Après le décès de sa mère, son point d’ancrage, son roc, elle s’est enfoncée dans une spirale autodestructrice, multipliant les rapports sexuels non protégés avec des inconnus entre deux injections d’héroïne. Elle était pourtant une jeune femme intelligente et pleine de promesses. Le film Wild, basé sur ses mémoires, relate comment, en s’astreignant à parcourir à pied le très ardu Pacific Crest Trail, Cheryl Strayed a réussi à retrouver en chemin cette jeune femme-là.

Pour mémoire, le Pacific Crest Trail s’étend de la frontière mexicaine jusqu’à la frontière canadienne. Il est long de 4240 kilomètres. Cheryl Strayed n’était pas assez préparée au moment de s’y attaquer et, en définitive, c’est un peu ce qui lui a permis de continuer : d’épreuves imprévues en contretemps, elle ne savait pas ce qui l’attendait à chaque tournant.

À l’inverse du personnage, la comédienne Reese Witherspoon, favorite pour l’obtention de l’Oscar de la meilleure actrice, a, elle, visiblement fait ses devoirs. Contexte naturel oblige, le tournage était par définition éprouvant. Mais elle aurait pu tricher. Elle aurait pu, par exemple, feindre de trimballer un lourd fardeau. Elle a plutôt accepté de porter un sac à dos de 45 livres tout du long, à l’instar de Cheryl Strayed. Cela dit, outre la dévotion physique au rôle, qui exige de surcroît une absence de fard rarement consentie par une vedette, c’est dans la modulation des émotions et dans l’intériorité de son jeu que Reese Witherspoon convainc le plus.

Enfant actrice particulièrement douée (voir Un été en Louisiane et Freeway), elle est devenue une star du compromis payant (Blonde mais légale et sa suite), puis elle a rappelé son talent (Oscar pour Walk the Line) avant de s’égarer de nouveau (Et si c’était vrai, Quatre Noël, C’est la guerre…). Ainsi Wild est-il le récit d’une double rédemption : celle de la protagoniste et celle de l’actrice qui l’interprète.

Sur le plan humain, ces deux parcours sont aussi édifiants l’un que l’autre.

Vallée au sommet

Derrière la caméra, ici particulièrement attentive, le cinéaste Jean-Marc Vallée privilégie la légèreté technique, avec pour résultat un surcroît de souplesse qui confère à son film immédiateté et authenticité. Son montage organique, qui recourt volontiers à l’association libre, multiplie les ellipses, ce qui n’empêche pas le film d’accuser quelques longueurs. L’ensemble demeure toutefois prenant de bout en bout.

Ce faisant, Jean-Marc Vallée poursuit son ascension américaine triomphante. Ainsi, après avoir dirigé l’an dernier Matthew McConaughey et Jared Leto dans Dallas Buyers Club dans des interprétations qui leur ont valu chacun un Oscar, il est pratiquement assuré de voir Reese Witherspoon et Laura Dern (magnifique en mère courage) recevoir à leur tour des nominations. C’est dire qu’il doit en ce moment être courtisé par tout le gratin hollywoodien.

Sur le plan professionnel, ce parcours-là est également fort inspirant.

Wild (V.O. et V.F.)

★★★ 1/2

Réalisation : Jean-Marc Vallée. Avec Reese Witherspoon, Laura Dern, Thomas Sadowski, Gaby Hoffmann. États-Unis, 2014, 115 minutes.