Sony cède et renonce à sortir «The Interview»

Seth Rogen (centre) et James Franco sont les vedettes du film «The Interview», qui ne sortira pas en salle.
Photo: Columbia Pictures Seth Rogen (centre) et James Franco sont les vedettes du film «The Interview», qui ne sortira pas en salle.

Les déboires de Sony se poursuivent dans la foulée d’une attaque informatique sans précédent fomentée par un groupe de pirates affublé du nom de « Gardiens de la paix ». Ainsi, après avoir vu révélée au grand jour quantité de courriels embarrassants et d’informations confidentielles (salaires de vedettes, stratégies de mise en marché, etc.), le studio hollywoodien a reçu mardi un message lui enjoignant de renoncer à sortir la comédie The Interview, à défaut de quoi des attentats comparables à ceux du 11 septembre 2001 seraient perpétrés contre les cinémas où celle-ci serait présentée. Mercredi, Sony a annoncé le retrait du film de l’affiche.

Une satire prenant pour cible Kim Jong-un, The Interview se trouvait au centre d’une controverse depuis plusieurs mois après que le dictateur nord-coréen eut menacé Sony de « représailles impitoyables ». La Corée du Nord nie toujours tout lien avec les Gardiens de la paix.

À cet égard, de l’avis de plusieurs observateurs, le scénario selon lequel l’offensive dont est actuellement victime Sony aurait été ourdie par Kim Jong-un et ses sbires est peu vraisemblable. Toutefois, nul ne s’est encore avancé avec une hypothèse de rechange. Du côté du FBI, on s’est borné à confirmer qu’il s’agit d’une manoeuvre « organisée ». En fait, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Par exemple, la mise en garde promettant des attentats était anonyme et on ne peut que présumer qu’elle émane des Gardiens de la paix.

Une filiale du conglomérat japonais Sony Corporation, le studio Sony pourrait perdre plusieurs centaines de millions de dollars au terme de cette mésaventure. À titre indicatif, et sans compter les sommes liées à la campagne publicitaire orchestrée autour du film, The Interview a été produit à lui seul au coût de 44 millions. À cela s’ajoutent les frais, inévitables, qui découleront des poursuites d’employés dont les informations personnelles ont été dérobées (une première action collective a d’ores et déjà été déposée). Sylvester Stallone, dont le numéro d’assurance sociale a été dévoilé, voudra sûrement, entre autres demandeurs potentiels, obtenir réparation.

Au-delà des potins

Autrement dit, les pertes risquent d’être exponentielles pour Sony. Or, d’autres types de dommages, intangibles mais se calculant eux aussi en espèces sonnantes et trébuchantes, devront être pris en compte. On pense à tous ces échanges privés, rendus publics, entre la coprésidente de Sony, Amy Pascal, et différents bonzes d’Hollywood. En s’adonnant à de l’humour raciste sur le dos du président Obama, la dirigeante de Sony a placé le studio en fâcheuse posture vis-à-vis de la Maison-Blanche. Des têtes ont roulé pour moins que cela.

Si c’est à n’en pas douter le sort qui attend celle d’Amy Pascal, son licenciement ou, plus vraisemblablement, sa démission, découlera cependant plus certainement de ce que le contenu desdits courriels, repris dans tous les médias, brosse des portraits fort peu flatteurs de superstars comme Angelina Jolie et Leonardo DiCaprio, elle qualifiée « d’enfant gâtée au talent très limité », et lui, d’être « méprisable ». Là où d’aucuns ne perçoivent que potins croustillants, nul doute que Sony voit au contraire de très mauvaises nouvelles. Humiliées, ces deux vedettes très rentables ne sont en effet pas à la veille de retravailler avec Sony. Du moins, pas tant qu’Amy Pascal sera en poste.

Bref, la débâcle autour du film The Interview ne représente dans cette affaire que la pointe de l’iceberg.

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