Lancer «Wild» et mijoter Janis

Jean-Marc Vallée enchaîne les projets américains à un rythme fou.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Jean-Marc Vallée enchaîne les projets américains à un rythme fou.

Il a l’air en grande forme. Le succès sied bien à Jean-Marc Vallée. Posé mais prudent, notre homme n’ira quand même pas rêver tout haut à une panoplie d’Oscar pour son Wild. « On verra bien. Je prends tout ça avec un grain de sel. Mais arrêtez de me parler du buzz autour de lui… » Vaine supplique ! De fait, il a donné… « J’ai rencontré plein de monde pour sa promo, des journalistes, des membres de l’Académie. J’ai serré des mains. » Ses actrices Reese Witherspoon et Laura Dern prennent le relais dans l’offensive de charme pré-oscarienne. Lui se sent emporté ailleurs.

Le cinéaste de C.R.A.Z.Y., adoubé par Hollywood depuis l’éblouissant parcours de Dallas Buyers Club en 2014 (en nomination pour sept Oscar, il en avait remporté trois, dont deux d’interprétation), a à peine eu le temps de respirer depuis. Rappelons que ce Wild, dans nos salles vendredi, produit et joué par Reese Witherspoon, adapte le récit autobiographique de Cheryl Strayed, avec traversée à pied du chemin des crêtes du Pacifique en solitaire, sous les paysages idéaux captés par la caméra d’Yves Bélanger.

D’ores et déjà, Reese Witherspoon tient sa nomination comme meilleure actrice aux Golden Globes. Ajoutez le bon démarrage du film aux États-Unis : excellente réception critique américaine, 2,5 millions de recettes au guichet en dix jours. « L’équivalent de Dallas Buyers Club l’an dernier… » Wild, en sortie progressive en Amérique du Nord, devrait se déployer entre Noël et le jour de l’an sur mille écrans. Ça roule.

Une constante : comme Matthew McConaughey dans Dallas Buyers Club, las d’enfiler les rôles de beau gosse et cherchant à se mettre en danger à travers un rôle casse-gueule, Reese Witherspoon voulait casser son image de jolie blondinette pour Wild, dont elle acquit les droits dès l’étape du manuscrit. L’oscarisée de Walk the Line apparaît dans le film sans maquillage, les cheveux couettés, suant sous son sac à dos rempli de pierres.

Mais n’allez pas compter sur Jean-Marc Vallée pour s’épingler au col l’étiquette de cinéaste américain : « Voyons donc ! Je passe neuf mois par année au Québec et trois aux États-Unis pour les tournages, proteste-t-il. Même mes montages sont faits à Montréal. » Vrai ! D’ailleurs, il amorce tout juste celui de son récent Demolition, 16 semaines en perspective. Scénarisé par Bryan Sipe, tourné à New York, donnant la vedette à Jake Gyllenhaal, acteur fétiche de Denis Villeneuve, le film met également en scène Naomi Watts et Chris Cooper. On y suivra un banquier brisé par la mort de sa femme en train de détruire ce qui fut sa vie pour trouver un nouveau départ. « Tourner à New York, c’est difficile, une petite île surpeuplée, avec le syndicat des Teamsters… mais j’ai tellement aimé Jake Gyllenhaal, bel acteur de 34 ans curieux comme s’il en avait vingt, toujours en train d’explorer et de nous étonner. »

 

Bientôt Janis

Au milieu du montage de Demolition, Vallée planche déjà sur son prochain film, bio de l’électrique chanteuse rock Janis Joplin, morte d’overdose d’héroïne à 27 ans, incarnée par Amy Adams. « Elle chantera le répertoire folk de Janis, mais pour les chansons rock, fera du lip-sync sur la voix de Joplin. »

Le film, dont le tournage devrait débuter à l’automne, lui fut proposé par un producteur qui fut l’ami de Janis. « Il m’a dit que j’étais le premier réalisateur approché qui lui parlait de la musique du film. » Ça lui ressemble, lui qui accorde une telle importance à ses trames musicales. Vallée entend utiliser Just a Little Bit Higher comme chanson thème. À son avis, le scénario d’origine ne tenait pas la route, hormis quelques scènes. Tout sera réécrit. « L’action se déroulera sur quatre ans, entre 1966 et 1970, poursuit-il. Janis Joplin avait quitté son Texas, qu’on reverra en flashs-back, pour devenir la première chanteuse rock de l’histoire. Elle allait pratiquer sur le pont de San Francisco jusqu’à pouvoir chanter assez fort pour être entendue de la rive. » Le film abordera aussi la vie amoureuse de Joplin. « Elle a cherché l’amour toute sa vie et ne l’a pas trouvé sauf sur la scène. Janis ne correspondait pas aux standards de beauté de l’époque. À son école, elle avait été surnommée “l’homme le plus laid du campus”. Même pas “la femme la plus laide”. La célébrité ne lui apporta pas le bonheur, mais en voyage, elle rencontra un Américain travaillant en Europe, qui l’aima sans connaître son parcours. Au moment où ils devaient se retrouver, paf ! elle mourut. »

Dans son périple américain, Vallée, chose certaine, voit du pays. Dallas a été tourné à La Nouvelle-Orléans, Wild sur la côte du Pacifique, Demolition à New York, pour Janis, ça se fera à San Francisco. « Moi qui tournais un film tous les trois ans, je travaille à un rythme fou. Après Janis, j’arrête un bout de temps. Promis ! »

Mais pas trop, tout de même…

Vallée parlait depuis longtemps d’adapter en français le roman historique Du bon usage des étoiles, de Dominique Fortier, dont il a acquis les droits. Le livre s’inspire de la dernière expédition de Franklin en quête du passage du Nord-Ouest au milieu du XIXe siècle, dont l’équipage fut décimé en Arctique après des épisodes de cannibalisme. « Mais ça deviendra un autre film américain en anglais, explique Vallée. L’actualité a rejoint cette aventure, puisqu’une des deux épaves a été retrouvée en septembre dernier. Le roman de Dominique Fortier montre ces mâles pognés dans les glaces, tout en suivant aussi la vie de leurs femmes à Londres dans leurs demeures victoriennes. C’est un sujet passionnant. »

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2 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 17 décembre 2014 09 h 45

    Yeah!

    Vive le succès!

  • Johanne Bédard - Inscrite 18 décembre 2014 10 h 40

    Quelle fierté pour le Québec !

    Pendant que le gouvernement détruit le Québec, les créateurs québécois « construisent et solidifient » notre expertise cinématographique à travers le monde !

    Expertise qui génère aussi des $$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$ !

    Honneur et admiration des Québécois pour les J.-M. Vallée, Xavier Dolan, Philippe Farladeau et les autres cinéastes moins connus, mais qui se distingueront bientôt eux aussi.