Trop lente descente aux bayous

Ça tire à hue et à dia, et le scénario n’est pas au point, malgré des éclairs ici et là.
Photo: Films Séville Ça tire à hue et à dia, et le scénario n’est pas au point, malgré des éclairs ici et là.

Depuis quelques années, les productions québécoises conçues et dessinées pour engranger les recettes au tiroir-caisse tirent la langue, coiffées au poteau par les 1987, Mommy et autres films d’auteur de qualité. Ceux-ci visent une large audience, certes, mais refusent les grosses ficelles identifiées à cette course folle au succès.

Il y va de l’honneur de la production typiquement commerciale de remplir de nouveau son mandat : asseoir les foules devant les grands écrans. Durant le temps des Fêtes, c’est plus facile. Alors, meilleure chance au coureur ! Seul de son espèce, Les maîtres du suspense de Stéphane Lapointe (cinéaste de la comédie satirique La vie secrète des gens heureux) prend donc d’assaut nos cinémas avec cette pression sur les épaules.

Les maîtres du suspense, comptant à sa distribution une actrice de calibre international, la Portugaise Maria de Medeiros (Pulp Fiction), tourné en partie à La Nouvelle-Orléans, est un thriller comique ambitieux et onéreux. Remportera-t-il son pari commercial pour autant ? À moitié sans doute. Ça tire à hue et à dia, et le scénario n’est pas au point, malgré des éclairs ici et là.

Michel Côté, jugé garant du succès en salle (ça marche désormais une fois sur deux), est de la fête, aux côtés de Robin Aubert, plus rugueux, et du populaire Antoine Bertrand, auréolé de sa performance dans Louis Cyr. Tous ces interprètes (trois visages de l’homme québécois) s’en tirent ici avec les honneurs de la guerre. Ça irait quand même mieux avec des répliques plus inspirées. Chacun demeure maintenu dans ses ornières consacrées : Michel Côté en séducteur bluffeur, Robin Aubert toujours excellent en bum de service, Antoine Bertrand en bon gars sympathique qui se fait avoir mais secoue ses chaînes. Maria de Medeiros joue de son côté l’actrice raffinée et maîtresse européenne qui cherche l’authenticité des sentiments, etc. La production n’a pas pris le risque des contre-emplois.

La prémisse de base, qui explore à la fois le star-système et les pannes du processus créatif, est intéressante. Ainsi, un écrivain de best-sellers vain et célébré, Hubert Wolfe (Michel Côté), utilise depuis 12 ans les services d’un nègre, Dany Cabana (Robin Aubert). Celui-ci, englué dans les problèmes familiaux, refile le dernier contrat d’écriture à l’obscur éducateur de garderie Quentin (Antoine Bertrand). Ce dernier, adoré des enfants, écrasé par sa mère, se montre incapable de créer des scènes érotiques, jusqu’à ce que Dany lui envoie une sirène à domicile. Chaque personnage masculin, prisonnier de ses choix, tentera de s’en affranchir. Dès lors, mais bien trop tard, le film deviendra un vrai suspense réussi dans son genre, la photogénique et insolite Nouvelle-Orléans jouant de ses sortilèges et de ses bayous.

Mais Les maîtres du suspense manque d’unité. Il repose sur une esthétique parfois quasi documentaire nourrie de naturel — Antoine Bertrand en éducateur de garderie —, parfois délirante — La Nouvelle-Orléans avec une cérémonie vaudou de haute volée —, tantôt sombre, tantôt comique, souvent échevelée, avec un montage qui peine à trouver son rythme, sauf en dernière partie. Ce film, qui ne passera pas à l’histoire pour l’originalité de sa mise en scène ni pour les prouesses de sa caméra, cherche son ton. Quant à la musique, trop appuyée, elle aurait eu intérêt à miser sur la discrétion. Stéphane Lapointe s’est inspiré d’un film comme La chèvre de Francis Veber, avec Gérard Depardieu et Pierre Richard en compères d’aventures dans un cadre exotique. Mais fallait-il cette lente introduction mal tissée pour atterrir si tard au coeur du suspense ? Ajoutez un dénouement paresseux. De bonnes idées, mais…

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Les maîtres du suspense

Réalisation et scénario : Stéphane Lapointe. Avec Michel Côté, Robin Aubert, Antoine Bertrand, Maria de Medeiros, Anne Hopkins, Anne Casabonne, Paul Savoie. Image : Jean-François Lord. Montage : Nathalie Lysight. Musique : Team Ghost. Québec, 2014, 101 min.

1 commentaire
  • Colette St-Hilaire - Abonnée 17 décembre 2014 13 h 57

    BOF !

    BOF! BOF!