La fin, enfin

«Le Hobbit : la bataille des cinq armées» clôt une saga bien trop longue.
Photo: Warner Bros. «Le Hobbit : la bataille des cinq armées» clôt une saga bien trop longue.

C’était à la base une décision mal avisée. Ou plutôt, c’en était une prise pour les mauvaises raisons. On parle évidemment du choix de Peter Jackson de scinder en trois films-fleuves le roman Bilbo le Hobbit, un bouquin somme toute court. Le dernier desdits films prend l’affiche ce mercredi.

On le sait, Peter Jackson a décroché la timbale en adaptant la saga du Seigneur des anneaux, de J.R.R. Tolkien, qu’il a déclinée en une trilogie célébrée par la critique et plébiscitée par le public (3 milliards de dollars américains cumulés). Le même auteur ayant également écrit Bilbo le Hobbit, un prologue au Seigneur des anneaux destiné aux enfants, il relevait de l’évidence pour le cinéaste de porter cette histoire-là aussi au grand écran. Un film de deux heures et demie, voire trois heures, eût fait l’affaire. Mais trois films de plus de deux heures chacun ? Allons donc !

On se souviendra que Guillermo del Toro (Le labyrinthe de Pan), recruté par Jackson pour cette nouvelle adaptation, s’est retiré après que sa suggestion de s’en tenir à deux films eut été rejetée par ce dernier, qui tenait absolument à une autre trilogie qu’il a fini par réaliser lui-même.

Or rien ne justifiait d’étirer la sauce de la sorte, sinon la perspective d’engranger plus d’argent. C’est de fait la recette à la mode. Ainsi produit-on deux films à partir du dernier roman des séries Harry Potter, Twilight, Hunger Games, dédoublant du même coup les profits.

Ironiquement, c’est un trésor, celui enfoui au creux d’une montagne gardée par un dragon, qui se trouve au coeur de l’intrigue ténue. Il s’agit de l’ancien royaume des nains, qui se mettent en train pour reconquérir celui-ci. Ils sont aidés dans leur quête par un Hobbit, Bilbo, qui a été recruté par le magicien Gandalf. Une alliance avec des humains débouche sur la promesse d’une partie du butin dans lequel les elfes, de leur côté, espèrent récupérer de précieux bijoux ancestraux. En toile de fond, une entité malveillante mystérieuse, Sauron, que l’on retrouvera dans Le seigneur des anneaux, rassemble une armée d’orcs afin de prendre possession de ladite montagne, une zone géographique stratégique pour quiconque fomente une invasion du royaume.

Tout cela est mis en place, laborieusement, dans les deux premiers volets. Le troisième consiste en une interminable et, fatalement, redondante bataille entre les intérêts divergents de tout un chacun, d’où le titre.

Le point de rupture

Car la répétition est au rendez-vous, et pas seulement sur le plan des enjeux (le roi nain qui n’en finit plus de sombrer dans la folie des grandeurs, le chef des orcs qui n’en finit plus de tonner des ordres du haut de sa tourelle, les femmes et les enfants pris entre deux feux qui n’en finissent plus de s’échapper, le réalisateur qui n’en finit plus de faire durer le combat en pratiquant la surenchère de créatures, etc.). La technique succombe elle aussi rapidement à la redite, avec, entre autres, une propension aux zooms avant se terminant sur un gros plan de visage inquiet et/ou désespéré. Les parodies de romans-savons ne procèdent pas autrement.

Au final, le récit classique en trois actes de Bilbo le Hobbit a été tellement dilué en amont que le fil narratif ténu s’en trouve dilaté jusqu’au point de rupture dans ce film-ci. Bref, c’est dire que Peter Jackson échoue à reproduire la magie de sa trilogie originelle, et pas qu’un peu. Ce qui ne l’empêchera pas d’engraisser davantage son trésor de guerre, ce qui, force est de le constater, semble avoir été le but premier.

Le Hobbit : la bataille des cinq armées (V.F. de The Hobbit : Battle of the Five Armies)

★★

Réalisation : Peter Jackson. Avec Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, Orlando Bloom, Evangeline Lily. États-Unis, 2014, 144 minutes.

1 commentaire
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 17 décembre 2014 14 h 25

    Étirage extrême

    Déjà avec la trilogie du Seigneur des agneaux, P. Jackson se donnait un plaisir malsain d'étirer l'élastique au maximum. Ce qui bien sûr ouvre la porte au vide et à l'anecdotique. Son King-Kong est si long qu'après une heure de projection, l'intrigue n'a pas encore commencée. Pour le Hobbit on s'interroge sur la pertinence de diluer les 300 pages du roman dans 3 000 pages de scénarios. Il va de soi qu'il y a une complaisance contre-productive. Tout le contraire de ce que Tolkien a voulu.
    Ici. quantité prime sur qualité.