En attendant l’Apocalypse

Adèle Haenel joue l’héroïne parano qui s’entraîne en vue de l’Apocalypse.
Photo: K-Films Amérique Adèle Haenel joue l’héroïne parano qui s’entraîne en vue de l’Apocalypse.

Lauréat de tous les prix à la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, Les combattants de Thomas Cailley fut l’une des sensations du grand rendez-vous français. Un premier long métrage créé dans l’inspiration, l’urgence et l’esprit de clan, prouvant que l’argent n’est rien face au feu sacré et au talent. À l’originalité aussi, car il n’était pas facile de marcher sur la corde raide de ce scénario sans verser dans la caricature, la sentimentalité ou la grosse farce.

Or Les combattants trouve sa juste distance par rapport à un sujet sensible — la jeunesse devant la perspective d’une Apocalypse prochaine — avec un sourire en coin, un sens de l’absurde et du gag perchés sur une anxiété réelle, mais aussi une gravité de fond qui empêche de tomber. Mythes et réalités s’entrechoquent à chaque détour, avec un humour inédit pour ce qu’il convient d’appeler une comédie romantique.

Adèle Haenel, une des étoiles montantes du cinéma français, déjà admirée en 2007 dans La naissance des pieuvres, Suzanne, L’homme qu’on aimait trop, etc., possède une énergie et un allant qui lui prédisent de plus en plus d’honneurs. Dans Les combattants, cette santé physique, ce punch, ce sens du rythme trouvent le terrain parfait pour les grands déploiements de charme à son profil d’amazone.

Car c’est à travers le délire paranoïde d’une adolescente, folle pas si folle, que l’action trouve son point d’ancrage, se déploie, frôle la mort, trouve l’amour, se frotte le museau pour les prochains combats, tendresse incluse. Adèle Haenel porte le film avec son swing, reléguant son partenaire masculin Kevin Azaïs à une tiédeur programmée mais excessive.

Cette histoire d’un jeune homme tout simple (Azaïs) qui s’apprête à reprendre avec son frère le collier de l’entreprise d’ébénisterie familiale après la mort du père est la chronique d’un été en crise. Car la belle et fantasque voisine (Haenel), persuadée de l’avènement prochain de la fin du monde et résolue à s’entraîner pour la survivance, l’entraîne dans son sillage. Il la suit par amour, même au camp d’entraînement militaire, qui ne paraît à mademoiselle jamais assez spartiate à son goût. Elle n’aime que la souffrance et oeuvre à surmonter ses dégoûts. L’amour ? Juste pour passer le temps… dit-elle. Trois lieux d’action, la plage, le camp d’entraînement, la forêt de conte de fées, sont livrés en différentes teintes, du bleuté à l’ambre, avec une caméra qui s’anime de plus en plus quand l’action s’emballe.

Dans la nature, hors de la civilisation, nos deux zozos créent leurs propres dangers. Le film a été tourné dans les Landes, où les éléments déchaînés et les incendies de forêt nourrissent l’action et la dramatisent (quelques effets numériques aidant). C’est au frère du cinéaste, David Cailley, qu’on doit ces images changeantes au fil des palettes. Quant à la musique, sous la direction de Pascal Mayer, elle est tonique et épouse le dynamisme de cette jeune et folle odyssée, collée à notre époque, avec des points d’interrogation et d’exclamation tout au long de son parcours, amour en prime.

Les combattants

★★★ 1/2

Réalisation: Thomas Cailley. Scénario: Thomas Cailley, Claude Le Pape. Avec Adèle Haenel, Keven Azaïs, Antoine Laurent, Brigitte Roüan. France, 2014, 98 minutes.