Un Américain (et deux Anglaises) à Paris

Kristin Scott Thomas est Chloé.
Photo: dFilms Kristin Scott Thomas est Chloé.

Mathias, un écrivain new-yorkais raté, croit avoir trouvé la solution à tous ses problèmes. En effet, son père, avec qui il était en froid, vient de mourir en lui laissant un immense — immense ! — appartement parisien situé dans le Marais. Or voilà que l’Américain à Paris découvre, consterné, qu’une vieille dame, Mathilde, et sa fille, Chloé, occupent ledit lieu, un palace décati. En vertu d’une transaction viagère, Mathias doit « garder » Mathilde dans l’appartement jusqu’à sa mort. À 92 ans, cette Anglaise sur le continent affiche une mine rayonnante.

Vous croyez savoir ce qui suivra ? Vous n’avez (sans doute) qu’en partie raison. Le scénario du réalisateur Israel Horovitz, un dramaturge maintes fois primé qui adapte l’une de ses pièces, est particulièrement satisfaisant. De fait, on croit d’entrée de jeu avoir deviné la « révélation » qu’une intrigue plus paresseuse aurait utilisée comme argument principal. Or celle-ci ne s’avère ultimement qu’un prétexte à une exploration beaucoup plus poussée, et donc plus intéressante, des psychés respectives de Mathias et Chloé.

Ainsi, ce qui s’annonce d’emblée comme une « French farce », c’est-à-dire ces comédies anglo-saxonnes n’ayant de français que le décor, se meut en drame psychologique, puis sentimental. À cet égard, les différentes ruptures de ton et sinuosités narratives sont expertement négociées par Kevin Kline (Un ange dénommé Wanda) et Kristin Scott Thomas (Il y a longtemps que je t’aime), le premier particulièrement émouvant lorsqu’il abandonne son masque débonnaire, exhibant des blessures physiques et psychiques insoupçonnées. Et Maggie Smith (Les belles années de miss Jane Brodie, Weekend à Gosford Park) ? Égale à elle-même, c’est-à-dire sans égale.

Le charme discret mais certain de My Old Lady opère lentement mais sûrement, le film n’ayant pas peur de la gravité de ses thèmes. On y parle du temps qui passe, certes, mais on s’attarde surtout à celui qui reste, celui dont on dispose et dont il faut profiter. On y parle aussi de parents faillibles, humains en somme. On y parle enfin du malheur transmis aux enfants, involontairement mais quand même, et du fait qu’il appartient à ces derniers, au final, de s’en affranchir. Humour aidant. Amour aidant.

Dès les premières minutes du film, un sourire se dessine sur les lèvres du spectateur. Malgré des passages sombres au mitan, la même expression est imprimée sur son visage lorsque se pointe le générique de fin. La différence étant que le spectateur apprécie alors davantage la valeur de celle-ci.

My Old Lady

★★★ 1/2

Scénario et réalisation : Israel Horovitz, d’après sa pièce. Avec Kevin Kline, Kristin Scott Thomas, Maggie Smith. États-Unis, Grande-Bretagne–France, 2014, 107 minutes.