Une association au secours du grand écran

Quatre membres fondateurs de l’ACGE : Sylvain Guy, François Macerola, Raffaele Papalia et Patrick Roy.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Quatre membres fondateurs de l’ACGE : Sylvain Guy, François Macerola, Raffaele Papalia et Patrick Roy.

Alors que les sorties au cinéma perdent des plumes au profit du film vu sur multiplateformes au foyer, un regroupement québécois pour la défense et la promotion du grand écran voit le jour. Avec une vingtaine de membres issus de tous les horizons de l’industrie : exploitants de salles, distributeurs, producteurs, réalisateurs, scénaristes, acteurs, etc., l’Association pour le cinéma sur grand écran (ACGE) a vu le jour officiellement mercredi à Montréal. But de l’opération : promouvoir l’expérience du film dans des salles dotées d’équipements de pointe.

Raffaele Papalia, à la tête des Cinémas Ciné Entreprise, préside ce regroupement, dont François Macerola, ex-président de Téléfilm et de la SODEC, devient le conseiller stratégique. Parmi les membres fondateurs de l’ACGE : Patrick Roy, président des Films Séville, Guy Gagnon, propriétaire du cinéma Carrefour du Nord, Daniel Séguin, directeur général de Cineplex, section Québec, Luc Dery, président de la maison de production micro_scope, le cinéaste Ricardo Trogi, le scénariste Sylvain Guy, etc.

Alors que plusieurs observateurs, études à l’appui, estiment qu’on est entrés dans l’ère géologique des nouvelles technologies, modifiant toutes les pratiques culturelles, l’optimisme semblait de mise autour de la table.

« L’expérience cinématographique existe depuis plus de 100ans, déclare Raffaele Papalia. Avec des inventions comme le VHS, le DVD, le Blu-ray, plusieurs ont cru à la fin des cinémas, mais nous serons là pour un autre 100ans. » Il rappelle que le cinéma demeure la sortie culturelle la moins onéreuse, mais ne croit pas qu’il faille proposer la baisse de prix du billet. « Chaque écran coûte un million à installer. » Le prix du billet fait quand même reculer plusieurs spectateurs, qui peuvent s’offrir le film à peu de frais ou gratuitement sur d’autres plateformes. « Le groupe peut servir aussi à lutter contre le piratage », ajoute Raffaele Papalia.

Selon François Macerola, la multiplication des plateformes et les nouvelles habitudes de consommation représentent quand même de nouveaux défis qui entraînent la réévaluation de la direction à prendre en tant qu’industrie. « Dansnotre regroupement, on n’est pas là pour faire la promotion du cinéma québécois, mais pour défendre le concept général du film en salle avec des composantes québécoises et canadiennes », précise-t-il.

« On est au coeur de changements technologiques, ajoutePatrick Roy. Les films sortent en DVD, VOD, sur iPad, etc. Resteque plus un film est vu dans les salles de cinéma, plus il est regardé sur les plateformes subséquentes. Vivre l’expérience commune de rire, pleurer, se divertir doit être revalorisé. » Le distributeur des films Séville rappelle que si les mutations en matière de consommation cinématographique sont perceptibles partout en Amérique du Nord, la tendance est plus aiguë au Québec et qu’il faut l’inverser. « Mais c’est cyclique, avec de bonnes et de moins bonnes années. Je ne crois pas au phénomène irréversible », dit-il.

Le scénariste Sylvain Guy est conscient que les créateurs sont au début de la chaîne et voit la nécessité de faire des oeuvres-spectacles. « Elles peuvent être en même temps des films intimistes, comme Mommy, où le spectacle vient des acteurs. »

Les membres de l’ACGE, regroupement privé, se réuniront pour mettre sur pied recommandations et plan d’action. Reste que seuls des organismes gouvernementaux comme la SODEC au Québec et Téléfilm au Canada sont en mesure de financer et de mettre en branles des plans d’action. « S’il y a des propositions, on ira voir la SODEC et Téléfilm, affirme François Macerola. Ils sont là pour accompagner l’industrie. »

Oui, mais quelles pistes de solutions seront proposées par des joueurs issus de sphères si différentes de l’industrie du cinéma ? « Les moyens, on va les découvrir », assure-t-il, en ajoutant que l’ACGE retiendra les solutions qui feront consensus. « Il faut évaluer l’espace que doit occuper la salle. »

François Macerola rappelle que pour la SODEC et Téléfilm, tout film doit passer par la salle, en précisant que les institutions sont en réflexion sur ce point. « C’est un nouveau monde et il faut faire preuve d’initiatives, trouver de nouveaux partenaires. »

L’ACGE annoncera prochainement la composition de son conseil d’administration, puis des pistes de solutions à mettre de l’avant pour valoriser le grand écran.