Mauvaise recette

Désabusé de sa routine tranquille, Hector tente de renouer avec son enfant intérieur qui se rêvait jadis aventurier.
Photo: Films Séville Désabusé de sa routine tranquille, Hector tente de renouer avec son enfant intérieur qui se rêvait jadis aventurier.

Quel est le secret du bonheur ? Les différentes religions, ordres initiatiques et sectes, avec leurs prêtres, shamans et gourous respectifs, y vont en la matière de leurs vérités respectives depuis « les siècles des siècles », amen, inch’allah, et cetera.

Depuis les années 1970, certains guides spirituels et autres motivateurs professionnels ont acquis le statut de vedettes, vendant au passage des dizaines de millions d’exemplaires de leurs bouquins promettant implicitement, par concepts parents interposés tels « équilibre » et « mieux-être », cet état élusif tant recherché. Élusif, car si tout ce beau monde continue de prêcher, d’enseigner, d’écrire et, surtout, de vendre, eh bien, c’est sans doute parce qu’aucune réponse définitive ne s’est encore imposée.

C’est là tout le drame d’Hector (sympathique Simon Pegg), un psychiatre londonien sans histoire, ou plutôt dont l’histoire se résume à une succession de routines qui le rassurent autant qu’elles l’entravent. Réalisant un beau jour qu’il ne croit pas un traître mot du baratin appris par coeur qu’il régurgite à ses patients, Hector décide de renouer avec son enfant intérieur qui se rêvait jadis aventurier. Destination : la Chine, le Tibet, les États-Unis et l’Afrique (inexplicablement traité comme un pays). But du voyage : découvrir le fameux secret du bonheur.

Même en laissant toute forme de cynisme au vestiaire, la comédie (légèrement) dramatique Hector and the Search for Happiness peine à séduire. Peut-être parce que trop forcée, trop artificielle. La fabrication y tue l’émotion. Le récent, et étrangement similaire, La vie secrète de Walter Mitty souffrait du même problème, à la différence que les velléités fantaisistes de ce film-là étaient traitées avec plus d’aplomb.

Simpliste au possible mais tellement solennelle qu’elle en est involontairement comique, la réponse à la question de départ — car le film a l’audace de prétendre la détenir — fera rouler des yeux quiconque se l’est déjà posée. C’est dire qu’à terme, Hector and the Search for Happiness ne met aucunement en péril l’industrie de la croissance personnelle.

Hector and the Search for Happiness

★★

Réalisation : Peter Chelsom. Scénario : P. Chelsom, Maria Von Heland, Tinker Lindsay et François Lelord, d’après son roman. Avec : Simon Pegg, Rosamund Pike, Stellan Skarsgard. Grande- Bretagne, 2014, 120 minutes.