Valse-hésitation

La Québécoise Julie Hivon est une cinéaste sensible qui nous a donné en 2001 un film tonique comme Chocolat, crème glacée, et autres consolations et en 2010 le plus aigu Tromper le silence. Son talent n’est plus à démontrer, même si Qu’est-ce qu’on fait ici ?, son dernier-né, peine à trouver son ton et son style.

On pense, en plus dramatique, à Tout est parfait d’Yves-Christian Fournier (2008), pour ce portrait collectif de jeunes gens confrontés à la mort d’un des leurs, par suicide cette fois. Dans le film de Julie Hivon, le doute plane sur les causes du décès d’un des membres du groupe dans un accident sans raison apparente. Le parallèle s’impose d’autant plus que Maxime Dumontier, adolescent dans Tout est parfait, reprend un rôle de trouble identitaire en jeune adulte, toujours dans un univers entre ville et campagne. Ici l’action se déroule à Granby, avec le zoo en fond de scène et l’été riant de couleurs vives mises de l’avant par la belle caméra de Claudine Sauvé.

Dans Qu’est-ce qu’on fait ici ?, Julie Hivon hésite entre les genres : drame de passage à l’âge adulte, romance, comédie, sans le punch du montage et du contenu pour les porter. Son scénario souffre de la comparaison avec celui de Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur qui met en scène d’autres jeunes en confusion, avec une ironie fine et des caractères bien dessinés. Ici, trop de flou les nimbe.

Quatre jeunes personnages vacillent après le drame ; Lily (Sophie Desmarais), la copine du disparu qui veut démontrer sa valeur, Max, le meilleur ami (Maxime Dumontier) en hébétude. Aussi Roxane (Joëlle Paré-Beaulieu), clown à ses heures, amoureuse de Max, peu certaine de son pouvoir de séduction, se tirant soudain dans les bras de tout un chacun, et Yan (Frédéric Millaire Zouvi) cultivant une peine d’amour confiée au gorille, lui-même privé de femelle, dont il a la charge au zoo.

Ce gorille au regard d’une infinie tristesse est le clou du film, avec sa profondeur et son mal existentiel plus qu’humain. Cette figure de solitude et de dépression aurait pu donner le ton au film, pour montrer l’esseulement justement.

La direction d’acteurs n’est pas maniée d’une main sûre. Et d’excellents interprètes semblent trop livrés à eux-mêmes pour faire vivre leur rôle. Le scénario ne leur livre pas toutes les clés de leur personnage. Si celui de Lily, en devenant éducatrice auprès de jeunes en difficulté, affleure ici et là cette espèce de courage d’évoluer, celui de Max demeure englué dans ses limbes, quand Roxane et Yan de leur côté prennent des virages trop marqués. Guylaine Tremblay, qui incarne de son côté la mère colorée, femme à hommes à la fois vulgaire et généreuse, joue toute seule dans sa case et son rayon. Seule figure d’énergie du film. Dommage!

V.O.: Quartier latin, Beaubien.

Qu’est-ce qu’on fait ici ?

Réalisation et scénario : Julie Hivon. Avec: Sophie Desmarais, Maxime Dumontier, Joëlle Paré-Beaulieu. Québec, 2014, 97 min.