Un (autre) justicier dans la ville

Après une trop longue entrée en matière, le carnage démarre. Ça gicle, ça craque, ça broie.
Photo: Sony Pictures Après une trop longue entrée en matière, le carnage démarre. Ça gicle, ça craque, ça broie.

Le concept de justice privée, ou « vigilante justice » en anglais, est vieux comme le monde. La loi du talion repose là-dessus, entre autres variantes. Parce qu’on estime les autorités trop lentes à réagir, voire à sévir proprement, on s’arroge le droit de faire régner la loi et l’ordre… en toute illégalité. La manière est généralement violente et les dérives, faciles (vindictes populaires, lynchages…).

Quantité de films ont traité du sujet, Un justicier dans la ville, avec Charles Bronson, demeurant le plus célèbre. Au tour de Denzel Washington d’en tâter dans Le justicier.

Basé sur une série télé des années 1980, Le justicier s’ajoute à une liste déjà longue de titres aussi variés que La dernière maison sur la gauche, Justice sauvage, L’épreuve du courage, La loi du talion, Prisonniers, etc. Liste que cette plus récente offrande d’Antoine Fuqua (Assaut sur la Maison-Blanche) ne rehausse guère, on le précise d’emblée. On attendait pourtant mieux de la réunion du réalisateur et de la vedette de Jour de formation, qui avait valu l’Oscar du meilleur acteur à Washington, mémorable en flic corrompu.

Il s’en trouve d’ailleurs quelques-uns, des flics corrompus, pour peupler l’intrigue tarabiscotée du Justicier, qui relate les faits d’armes de Robert McCall (charismatique Denzel Washington), ancien agent secret reconverti en commis de quincaillerie anonyme. Après le passage à tabac d’une jeune prostituée (improbable Chloë Grace Moretz) avec qui il a sympathisé dans le casse-croûte très Edward Hopper où il passe ses insomnies, McCall décide de sortir de sa retraite (plane l’ombre de Taxi Driver). Sa cible : la mafia russe, passage obligé en ce retour à l’ère de la guerre froide.

Après une trop longue entrée en matière (il s’agit après tout d’un film d’action, pas d’une étude de moeurs, quoique), le carnage — et c’en est un — démarre. Ça gicle, ça craque, ça broie. Et ça ne rime pas à grand-chose. Ce sous-genre a beau avoir été fréquenté plus souvent qu’à son tour, les Denis Villeneuve, Neil Jordan et autre Podz, sans renier la nature viscérale et foncièrement violente d’une telle philosophie, ont prouvé ces dernières années qu’un propos pertinent peut y être insufflé. Dans Le justicier, le scénario de Richard Wenk (Les sacrifiés 2) n’en formule aucun. Or, quand on n’a rien à dire…

V.O. : Cinéma Banque Scotia, Place LaSalle, Carrefour Angrignon, Cavendish, Colisée Kirkland, StarCité, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Sphèretech, Marché Central.

V.F. : Quartier latin, Place LaSalle, StarCité, Lacordaire, Marché Central.

Le justicier (V.F. de The Equalizer)

★★

Réalisation : Antoine Fuqua. Scénario : Richard Wenk. Avec Denzel Washington, Marton Csokas, Chloë Grace Moretz. États-Unis, 2014, 121 minutes.