L’adolescence entre mort et vie

2 temps, 3 mouvements est une œuvre d’une sensibilité fine.
Photo: Axia films 2 temps, 3 mouvements est une œuvre d’une sensibilité fine.

Un beau film douloureux, subtil et tissé de silences prend l’affiche après avoir fait antichambre un an. 2 temps, 3 mouvements, du Français Christophe Cousin, coproduit au Québec, avait été présenté au Festival du nouveau cinéma l’an dernier. Enfin, le voici !

L’action se déroule dans la ville de Québec, mais loin de la carte postale : le quartier de Vanier en bordure de la rivière Saint-Charles, d’où ces images inusitées et insolites de la capitale. C’est là qu’un jeune garçon, Victor (Zacharie Chasseriaud, très juste, vu dans Les géants du Belge Bouli Lanners), et sa mère (Aure Atika, sans failles) viennent s’établir après la mort du père à Paris.

Le garçon, qui vit mal son choc culturel, voit un ado se suicider en sautant du toit de l’école. Victor prend son baladeur et développe ainsi un lien avec le jeune désespéré, au point de visiter sa mère (Anne-Marie Cadieux, formidable de dignité et de douleur) en se faisant passer pour l’ami du disparu, surtout en devenant son alter ego, en quête des raisons de sa mort, presque dans ses souliers.

Ce premier long métrage réussi, sans esbroufe, est une oeuvre de sensibilité fine loin des productions tapageuses qui ont aujourd’hui la cote, mais sa réserve même l’empêchera de rejoindre un public large. Le jeune héros peu loquace parle à travers ses gestes, son regard en retrait, ses maladresses. C’est la vie qui le rattrape au détour avec une nouvelle amitié, une petite flamme. D’excellents rôles secondaires sont tenus par Antoine L’Écuyer, Philomène Bilodeau, nouvel entourage pour celui qui ne songe longtemps qu’à repartir en France pour retrouver ses repères.

La concomitance nuira sans doute aux deux films : 2 temps, 3 mouvements sort sur nos écrans en même temps que Qu’est-ce qu’on fait ici ? de Julie Hivon, avec un sujet un peu similaire, les répercussions de la mort d’un jeune sur ses amis. Mais ici, un ado en détresse sèche ses cours, affronte sa mère, tisse peu à peu des liens dans une communauté qui l’enserre. Des paysages, les bords de la rivière et les Laurentides derrière, des signes semés, des regards, un premier baiser, un enterrement marquent les étapes d’une reconstruction identitaire qui tient aussi du passage entre un âge et un autre pour déboucher mine de rien et sans violons sur un émouvant hymne à la vie.

2 temps, 3 mouvements

★★★★

Réalisation et scénario : Christophe Cousin. Avec Zacharie Chasseriaud, Aure Atika, Antoine L’Écuyer. France, Québec, 2013, 85 minutes.