«Mommy», choix du Canada pour les Oscar

«Les Oscar participent à mon éducation et font partie de mon background au cinéma», a affirmé en entrevue vendredi Xavier Dolan.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Les Oscar participent à mon éducation et font partie de mon background au cinéma», a affirmé en entrevue vendredi Xavier Dolan.

Le jour même où le très attendu Mommy de Xavier Dolan est lancé sur 64 écrans à travers le Québec, le voici choix du Canada pour la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. « Quelle synchronicité géniale ! », s’exclame le jeune cinéaste.

Cette oeuvre pulsion suit l’infernal trio d’un jeune garçon aux comportements impossibles (Antoine Olivier Pilon), de sa mère à la fois fonceuse et dépassée (Anne Dorval) et d’une tendre voisine (Suzanne Clément) qui se prend dans leur toile.

La sélection des cinq candidats en lice pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère sera dévoilée par L’Academy of Motion Pictures le 15 janvier prochain, après un premier écrémage de neuf préélus. Quant à la grande soirée des paillettes et statuettes, elle se déploiera urbi et orbi le 22 février prochain au Dolby Theatre d’Hollywood. Xavier Dolan rêve d’en être, s’y voit déjà !

« Les Oscar participent à mon éducation et font partie de mon background au cinéma,déclare-t-il. Je regarde ce show-là depuis que je suis tout petit. En plus, c’est une institution qui possède un lien historique avec le Québec. »

Rappelons en effet que Denys Arcand avait remporté la statuette en 2004 pour Les invasions barbares, qu’Incendies de Denis Villeneuve fut sélectionné en 2010, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau en 2011 et Rebelle de Kim Nguyen en 2012. Quant au film américain de Jean-Marc Vallée, Dallas Buyers Club, il était en lice en 2013 pour six statuettes et en récolta trois. Tapis rouge, nous voici !

« On arrive du Festival de Québec, explique Xavier Dolan, où le film a reçu un accueil formidable. Un ami d’ami a éclaté en sanglots devant moi. Il ressentait une émotion brute. » Tout ça lui donne confiance. Lui qui rêve haut et fort pensait Oscar lors du grand buzz cannois autour de son film, et même en amont.

« Dans sa structure narrative, dans ses « dolly » rapides qui foncent sur les personnages à la chute des scènes, dans son rythme, son montage, je l’ai littéralement construit comme un film américain », dit-il. D’où sa foi dans son pouvoir de toucher les membres de l’Académie. « Mommy est un film d’auteur par son portrait de l’être humain, mais il est sensible à sa relation avec le spectateur. Je l’ai fait en pensant au public et en le respectant. C’est un film populaire avec des chansons populaires qui traite d’un milieu populaire. Oui, je serais déçu s’il n’était pas sélectionné. »

Sa productrice Nancy Grant y croit aussi : « Ce qu’on vit avec Mommy, Xavier ne l’avait pas connu pour ses films précédents. Un rapport émotif s’est créé avec le film, donc aussi avec le cinéaste. »

Xavier Dolan n’avait pas soumis l’an dernier son Tom à la ferme comme candidat potentiel au choix du Canada pour cette catégorie aux Oscar. « Je n’y croyais pas et ne voulais pas être le premier Québécois non retenu après trois sélections en trois ans. Mais Mommy, j’y crois. »

 

Bâtir des ponts

Il faut remonter à 2009, alors que son premier long métrage J’ai tué ma mère était bel et bien ce choix du Canada, sans sélection subséquente. Autre époque, et moins de bruit alors autour du film, moins d’appuis également pour le pousser. Mommy a remporté le prix du jury à Cannes en plus d’avoir participé au très sélect Festival de Telluride au Colorado, et d’avoir fait courir les foules à Toronto. Le film, fort d’un lot de bonnes critiques notamment américaines, a de gros atouts et touche les gens.

Nancy Grant voit bien que les sélections aux Oscar ne se jouent pas sur la seule valeur d’un film, mais presque à la façon d’une campagne politique. « Notre distributeur américain Roadside Attractions, qui mise beaucoup sur le profil de ce jeune cinéaste, va engager des publicistes là-bas, pousser les bonnes personnes. Xavier va se déplacer idéalement avec Anne Dorval. »

Mommy sortira en France et en Belgique le 8 octobre, mais la vingtaine de territoires qui l’ont acquis ne le lancera qu’en 2015, dont les États-Unis. « Ce qui signifie que le film ne peut être sélectionné dans aucune autre catégorie que celle du meilleur film en langue étrangère », poursuit la productrice.

Xavier Dolan souhaite que le public québécois ou autre voie Mommy en salle, sans attendre plutôt sa diffusion sur d’autres plateformes. « C’est un film qui se partage collectivement. Des moments sont destinés au spectateur du film devant un grand écran et jouent sur la nature même de celui-ci. Je n’aurais pas dit ça de Tom à la ferme, mais Mommy, ou bien on le voit au cinéma, ou bien on ne le voit pas. »

Il comprend que le cinéma québécois a une relation de confiance à rebâtir avec le public. « On l’a peut-être abandonné avec des films trop sombres. Je rêve que Mommy bâtisse des ponts. Ce film prétend au succès public. C’est dans son ADN. »

Nancy Grant retourne en pensée un an en arrière. « On n’avait pas encore commencé à tourner Mommy. Ça va vite avec Xavier, mais c’est stimulant. »

Tellement vite que le jeune cinéaste planche déjà sur son sixième long métrage The Death and Life of John F. Donovan, en anglais, sur les lumières du show-business autour d’une relation entre une star hollywoodienne et un jeune acteur britannique, en partie tourné aux États-Unis avec Jessica Chastain en diabolique rédactrice en chef d’un tabloïd. Never a dull moment !

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4 commentaires
  • gaston bergeron - Abonné 20 septembre 2014 22 h 04

    Un peu trop

    ...c'est comme pas assez. Ce film nage dans la démesure sinon souvent la caricature. En bonus, treize sacres ou grossièretés à la douzaine. Hélas!

    • Murielle Tétreault - Abonnée 22 septembre 2014 07 h 18

      Vous avez raison .J'ai eu la même réflexion. Était-ce nécessaire d'en mettre autant? Pourtant ,malgré ces agacements,j'ai été captivée,presque ennivrée par les images,le jeu des comédiens et je l'avoue ,j'ai pleuré
      Murielle Tétreault

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 20 septembre 2014 23 h 46

    Je viens de le voir...

    J'ai vu le film ce soir à Boucherville. Bravo monsieur Dolan et à toute l'équipe. Je me demande comment il se fait que la pub ou les nouvelles qui nous montrent Dolan avec madame Dorval ne montrent jamais Patrick Huard, qui fait pourtant un beau " travail".
    La musique a une belle présence; à un endroit elle est double; je n'avais javais vu ça avant. Les comédiens sont excellents, mais j'aimerais voir Sylvie Léonard à quelque part.La fin fait réfléchir. Vitre incassable??!! Je souhaite du succès au film. Videz les vessies avant le film car vous ne pourrez quitter le siège avant la fin.

  • Raymonde Verreault - Inscrite 22 septembre 2014 16 h 59

    De la poudre aux yeux

    J’ai vu ce film. Je salue le jeu des acteurs qui percent l’écran. Musique racoleuse sentant la formule américaine. On a pris soin de choisir un sujet rassembleur, dramatique à souhait et attirant la sympathie. Je trouve cependant qu’on tombe parfois dans le spectaculaire, voire le sensationnalisme. Pourquoi tous ces cris, cette vulgarité se voulant humoristique, ce manque de contexte éclairant. Un film mal ficelé. Le sujet aurait mérité un traitement mieux documenté et non ces raccourcis visant l’éblouissement facile. On dirait une commande de box-office. Vivement que ce cinéaste carbure aux studios privés d’Hollywood. Aura-t-il l’audace d’évoquer la consanguinité chez nos voisins du Sud lorsqu’il aura modifié ces scénarios en fonction des exigences du bailleur de fond? Revendiquera-t-il autant son indépendance de création?