«Mommy» très chère

Anne Dorval est puissante dans le rôle d’une mère déterminée à élever seule son fils violent.
Photo: Shayne Laverdière Anne Dorval est puissante dans le rôle d’une mère déterminée à élever seule son fils violent.

Xavier Dolan ne s’en est jamais caché : il aime parler de la mère, figure à la fois personnelle et universelle, intime et mythique. Dans le bien nommé J’ai tué ma mère, l’auteur contait, sur le ton de la confession exacerbée, le récit d’un fils qui s’émancipe.

Dans Mommy, les déchirements découlent cette fois du fait qu’une maman doit se résoudre à couper elle-même le proverbial cordon. En cela, le dernier film de Xavier Dolan constitue la contrepartie, voire l’antithèse, de son premier.

« Les mamans, ça pardonne toujours ; c’est venu au monde pour ça », écrivit un jour Alexandre Dumas. On n’a pas passé dix minutes avec Diane, l’héroïne de Mommy, que l’on se dit : combien justes, ces mots-là. Diane, D.I.E. pour les intimes, vit à Longueuil avec son fils Steve, un adolescent affligé de troubles multiples du comportement. Impulsif, violent, mais aussi généreux et aimant, Steve en fait voir de toutes les couleurs à sa mère, qui, en vertu d’une disposition légale récemment entérinée, pourrait le confier aux soins de l’État sans plus y penser. De toutes parts, on l’y encourage, mais justement, cette mère courage là ne l’entend pas de cette oreille.

Merveilleux personnage que cette Mamma Longueuil, dont la force de caractère peu commune n’a d’égale que la gouaille. Laquelle fournit à Xavier Dolan moult occasions de dialogues mémorables et… imagés.

Sur le plan de la mise en scène, l’auteur semble s’être littéralement branché sur ses personnages. La réalisation énergique, fébrile, est à leur diapason, à l’instar de la direction photo, d’ailleurs. Avec son complice André Turpin (qui a fait merveille sur Tom àla ferme), Xavier Dolan a en effet opté pour une palette chromatique à dominance de couleurs primaires très vives (bleu, rouge, jaune) qui collent au côté simultanément beau et brut de Diane et Steve. De la même manière, le format carré retenu pour l’image, loin de relever de la coquetterie, permet au spectateur de plonger de plain-pied dans une relation mère-fils de plus en plus étouffante.

C’est parfois tonitruant, parfois excessif ; ce ne le serait pas que cette adéquation évoquée entre le fond et la forme ne fonctionnerait pas. C’est surtout vivifiant, et enthousiasmant, et bouleversant. Car l’émotion est au rendez-vous, probablement plus encore qu’auparavant.

De formidables acteurs

Ce qu’elle est puissante, Anne Dorval ! Antoine Olivier Pilon et Suzanne Clément sont formidables aussi dans des registres opposés, lui torrent furieux, elle eau dormante.

Sans doute le charme impétueux de Mommy n’opérera-t-il pas sur les cinéphiles récalcitrants à la manière Dolan, dont la maîtrise flamboyante est vouée, par définition, à ne jamais faire consensus. Ce qui n’est probablement pas plus mal. Les autres spectateurs s’abandonneront pour leur part avec un bonheur renouvelé à cette nouvelle proposition qui charrie dans son sillage bouillonnant le souvenir heureux d’une autre.

Au final, Xavier Dolan n’aura ainsi tué sa mère que pour mieux la ressusciter, ce dont on lui sait gré. À l’instar de la précédente, cette Mommy-là, on l’a d’ores et déjà adoptée.

Mommy

★★★★

Scénario, réalisation, montage : Xavier Dolan. Avec Anne Dorval, Antoine Olivier Pilon, Suzanne Clément, Patrick Huard, Alexandre Goyette. Image : André Turpin. Musique : Noia. Québec, 2014, 134 minutes.