Le bon grain et l’ivraie

L’actrice Elina Abai Kyzy doit veiller à la sécurité de son peuple et à son accès à l'indépendance dans Reine de la montagne.
Photo: Courtoisie du FFM L’actrice Elina Abai Kyzy doit veiller à la sécurité de son peuple et à son accès à l'indépendance dans Reine de la montagne.

On veut bien laisser ses chances au FFM, qui traverse des temps difficiles. C’est sans doute sa dernière édition, à tout le moins avec l’équipe actuelle. Et dans l’ombre, certains s’agitent en se voyant déjà califes à la place du calife. Ainsi vont le monde et son festival. Mais il y a des irritants…

 

Bon ! Le documentaire Sex, Fame Murder : The Luka Magnotta Story, de la Canadienne Naomi Hiltz, vient d’être retiré de ses cases horaires, samedi et dimanche, à la suite d’une ordonnance de non-publication de la Cour, alors que le procès du bourreau de Jun Lin n’est pas encore commencé. Les programmateurs affirment avoir ignoré que le film puisse poser des problèmes juridiques. La chaîne de télévision Canal D Investigation, propriété de Bell Media, avait dû également annuler sa diffusion du 27 août. Ce documentaire n’aurait jamais dû être programmé de toute façon pour des raisons de pure décence. Allons donc !

 

En compétition au FFM et à désespérer : Lucky Stiff, comédie musicale de Christopher Ashley d’après la pièce sur Broadway de Lynn Ahrens et Stephen Flaherty, lauréats de Tony Awards. C’est Lynn Ahrens qui a écrit le scénario adapté de son oeuvre avec de nouvelles chansons du compositeur Stephen Flaherty. On se demande ce que cette comédie burlesque et franchement idiote fait dans une compétition. Certains musicals devraient se coller à la scène et n’en point sortir. Dominic Marsh joue le beau garçon à qui son oncle inconnu lègue sa fortune, s’il trimballe son cadavre en fauteuil roulant dans les casinos et les cabarets de Monte-Carlo. Ainsi sera fait. Jason Alexander incarne un optométriste qui suit le héros avec sa soeur hystérique, ancienne maîtresse du défunt. Il y a des coups de théâtre et une romance au milieu de tout ça. Quelques séquences d’animation tentent de s’insérer dans l’action follement caricaturale, aux jeux d’acteurs coupés à la hache. Le festival veut plaire au grand public, mais quand même !

 

On attend mieux du film péruvien Perro Guardian (Chien de garde) présenté samedi et dimanche en compétition.

 

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Rencontrée dans son beau costume traditionnel, l’actrice Elina Abai Kyzy, interprète du film Reine de la montagne (Kurmanjan Datka) de Sadyk Sher-Noyaz, présenté dans la section Regards sur les cinémas du monde. Ce film, le plus ambitieux et cher jamais réalisé au Kirghizistan, et le premier dans lequel l’État — indépendant depuis 1999 — a investi. Il vise une nomination à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère et l’aura peut-être. Cette production d’époque avec costumes superbes et paysages à l’avenant, à défaut de subtilité, possède une ampleur. Surtout, elle fait revivre un destin exceptionnel, celui d’une femme née nomade qui allait par son intelligence, son courage, sa sagesse, devenir reine de son clan mongol, général d’armée, et négocier avec les Russes pour conserver un peu d’indépendance au Kirghizistan. « Cette femme est un symbole pour nous, dit la jeune actrice qui l’incarne. Elle nous a sauvés de la destruction complète. » Le film est imposant et instructif.
 

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À voir hors concours le très beau film russe Chagall-Malevich d’Alexandre Mitta, porté par des images magnifiques, souvent baroques, au surréalisme évoquant ses oeuvres. Un pan de la vie en Russie du grand peintre Marc Chagall, entre son amoureuse Bella, et un brillant artiste rival Kasimir Malevitch. Passionnant autant qu’élégamment filmé, avec regard sur les avant-gardes russes et les liens entre les créateurs et l’État communiste.