Un FFM affaibli mais debout

Serge Losique, président du CA du FFM, entouré de Martin Malina, programmateur principal, et de Danièle Cauchard, directrice générale, lors du dévoilement de la programmation du 38e Festival des films du monde au cinéma Impérial.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Serge Losique, président du CA du FFM, entouré de Martin Malina, programmateur principal, et de Danièle Cauchard, directrice générale, lors du dévoilement de la programmation du 38e Festival des films du monde au cinéma Impérial.

La conférence de presse du Festival des films du monde avait une odeur de fin de régime, mardi matin, au cinéma Impérial. Moins de médias, moins de festivaliers. On sentait le président du rendez-vous, Serge Losique, bien fragile, ce qui attristait l’assemblée, même ceux qui jugeaient sa manifestation à bout de souffle.

 

Et comment considérer cette édition comme une autre, après la défection des grands bailleurs de fonds fédéraux, provinciaux et municipaux et de plusieurs importants commanditaires privés : Loto-Québec, Air Canada, etc. ? Mais Québecor continue à soutenir l’événement, l’hôtel Hyatt Regency à accueillir les invités, la salle de presse et les événements médiatiques. Neuf salles du Quartier latin seront mises à contribution pour la manifestation du 21 août au 1er septembre. On salue le charme de son affiche. Les projections extérieures (autrefois soutenues par Loto-Québec) disparaissent, à moins qu’un commanditaire de dernière minute n’émerge du chapeau. Le marché du film sera réduit.

 

Si le FFM se serre la ceinture, il demeure debout. Vrai tour de force. Reste à voir si son public fidèle, en peine de renouvellement, suivra. Les soubresauts des derniers mois ne sont guère porteurs de bonne publicité.

 

« Ce serait dommage que tous les efforts investis par les sélectionneurs soient éclipsés par les problèmes que tout le monde connaît », prévient la nouvelle directrice des communications, Lison Lescarbeau, devant le parterre clairsemé de journalistes. Mais comment l’éviter ?

 

« Le Festival est extrêmement important et respecté à travers le monde,déclare le président Serge Losique. Nous donnons la parole aux films de qualité. » Rien n’indique chez lui une volonté de modifier la formule que les institutions refusent désormais de subventionner.

 

« Cet ouragan, on ne l’avait pas vu venir avant de recevoir les lettres, assure la directrice générale, Danièle Cauchard. Avec ce qui était arrivé en 2005-2006 [quand le FFM avait perdu ses subventions], je pensais que cette épreuve était derrière nous. Aujourd’hui, le mot “festif” est à la mode, mais pourquoi la culture devrait-elle être automatiquement festive ? Il y a au cinéma des chefs-d’oeuvre non festifs. » Devant quelques journalistes, elle déclarera par la suite : « Le FFM va survivre, ou alors ça voudrait dire qu’on se fout de la culture. »

 

À la programmation : 350 films, courts et longs, cette année, issus de 74 pays — contre 432 en 2013 —, 160 longs métrages, dont 100 en premières mondiales.

 

Une absence remarquée, tant en compétition mondiale que dans celle des premières oeuvres : aucun long métrage québécois n’est de la course. Le volet du Festival du film étudiant s’est ouvert aux autres pays que le Canada. Le FFM s’éloigne de son port d’attache.

 

Des changements

 

C’est l’Impérial plutôt que le théâtre Maisonneuve de la Place des Arts qui accueillera les représentations du soir, dont le gala d’ouverture. « La salle Maisonneuve sera en rénovation durant l’été », explique Serge Losique. Fini le double sous-titrage électronique en français et en anglais pour les films en compétition, habituellement financés par Téléfilm. En alternance, les oeuvres de la course seront sous-titrées soit en anglais, soit en français, ce qui devrait séparer les publics anglophone et francophone, habituellement réunis.

 

17 pays dans la course

 

Cette année, 19 longs métrages de 17 pays sont présentés en compétition mondiale, dont Un ragazzo d’oro de l’Italien Pupi Avati avec Sharon Stone, The Limits of Patience de l’Allemand Christian Wagner, connu surtout comme scénariste. Du Canada anglais : Scammerhead de Dan Zukovic, portrait d’un escroc, de la France : Un homme d’État de Pierre Courrège, abordant la corruption politique. Le Japon, la France, l’Allemagne, l’Italie sont bien représentés. Un film américain, Lucky Stiff de Christopher Ashley, se veut une comédie musicale loufoque. Des pays comme le Pérou, la Géorgie, le Monténégro, la Chine, etc., concourent aussi pour le Grand Prix des Amériques, mais plusieurs noms des cinéastes concurrents sont peu connus, même dans les sections Hors concours et Regards sur les cinémas du monde. On navigue dans le brouillard, ce qui n’exclut pas d’éventuels coups de coeur, mais cela n’excite guère les esprits. « C’est une programmation tournée vers l’avenir du cinéma », assure Danièle Cauchard.

 

Mis à part le président du jury, l’acteur-cinéaste italien Sergio Castellitto, Claude Lelouch pour le film d’ouverture Salaud on t’aime (mal accueilli en France), l’acteur français Hippolyte Girardot qui accompagnera l’hommage posthume à Alain Resnais et son film Aimer, boire et chanter en clôture du festival, peu de ténors du cinéma sont attendus. L’hommage au producteur américain Michael J. Werner fera-t-il vraiment courir les foules ? « On ne choisit pas les films en fonction des gros noms, mais ceux qui nous séduisent. Notre programmation n’est pas liée au star-système », affirme Danièle Cauchard.

 

Et l’argent ?

 

Mais avec un budget ainsi tronçonné, comment cette 38e édition du FFM peut-elle rouler ? Danièle Cauchard nous explique que les invités, mis à part les membres du jury, vont payer le coût des billets d’avion, à moins qu’ils ne soient payés par des organismes officiels de leurs pays. Des fonds privés sont-ils de la partie ? Elle rit : « Je ne peux rien dire. On fait de notre mieux. »

 

Côté avenir (incertain) du rendez-vous, Danièle Cauchard avait déjà annoncé son intention de se retirer après cette année. « À l’automne, on fera un appel d’offres afin que quelqu’un prenne le relais et on parlera d’argent après le Festival. » Ce qui n’empêche pas la directrice générale de préciser que l’idée d’hypothéquer le cinéma Impérial est toujours sur la table, comme source éventuelle de financement du FFM, son propriétaire. Elle croit au retour des institutions en 2015. D’autres en doutent.

 

Abandonné par plusieurs, le FFM a reçu un nouvel appui. Mardi, Ivan Trujillo, le directeur du Festival international de cinéma à Guadalajara au Mexique, volait à son secours : « Le FFM est une part intégrale de l’histoire mondiale du cinéma. Il a été le foyer pour plusieurs cinéastes d’Amérique latine. Nous ne voulons pas que cette maison soit détruite », écrit-il dans une lettre remplie d’éloges pour son collègue québécois.

À voir en vidéo