Ricardo Trogi, l’âge de l’insolence

Le comédien Jean-Carl Boucher et le réalisateur de 1987, Ricardo Trogi
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le comédien Jean-Carl Boucher et le réalisateur de 1987, Ricardo Trogi

17 ans, l’âge des émois, des angoisses, des coups pendables. Ricardo Trogi s’en souvient d’autant plus que toutes ses fredaines sont dans son film. « Certains me demandent si je suis gêné de montrer mes folies à l’écran. Pas du tout. » Il rit, trouve qu’il faut explorer toutes sortes de voies quand on est jeune. On ne saurait mieux dire.

 

Cinq années se sont déroulées entre son précédent 1981 et ce 1987, suite qui ne s’affiche pas complètement comme telle. « Les gens trouvent ce film-ci plus “punché”, plus dynamique que 1981. Ça tient au grand nombre de situations, aux nombreux personnages. Le rythme, le montage se sont adaptés à tout ça. »

 

Après avoir participé à La course destination monde 1994-1995, le cinéaste s’était illustré avec éclat en 2002 avec le désopilant Québec-Montréal, sur des histoires de couples déjantées, coécrit avec Patrice Robitaille et Jean-Philippe Pearson. Succès public, critique, une moisson de prix ; il était lancé, ses interprètes tout autant. Depuis, on lui doit Horloge biologique sorti en 2005, 1981 en 2009, sans oublier les séries télé Smash et Les étoiles filantes. Plusieurs générations se reconnaissent dans les nouveaux rapports de couple qu’il brosse à l’écran, dans le désarroi des gars d’aujourd’hui, sur fond d’humour.

 

« 1987 est une comédie qui a quelque chose de vrai. À 17 ans, tu es trop jeune pour choisir ton avenir, même si les adultes t’y invitent. Le film dit ça aussi. »

 

Sa mémoire est son sac à puces. Il trouve les situations les plus loufoques ou touchantes dans son passé de fils d’immigré italien qui ne se sentait pas tout à fait comme les autres, leur colle des gags de fiction, sert l’ensemble bien cuit, façon Trogi. « Au fond, il est plus simple pour moi de partir de mes souvenirs que de tout inventer. Et quand on me dit qu’une situation n’a pas de bon sens, je peux répondre : c’est vraiment arrivé comme ça. »

 

Histoire de gars

 

Le héros (Jean-Carl Boucher) dans 1981, en quête d’amis à l’école, est devenu un adolescent qui rêve de perdre son pucelage, d’entrer boire au Dagobert sans se faire demander sa carte et de gagner de l’argent rapide en devenant un p’tit mafioso à la gomme, tout en restant chez ses parents, où la vie n’est pas plus reposante : père musicien pas trop winner (Claudio Colangelo), mère hystérique (Sandrine Bisson), etc. Mais les amis sont là…

 

« Mettons qu’il y a 75 % de vrai dans 1987, dit Ricardo Trogi, surtout les aspects les plus gênants : les vols de radios d’auto, l’accident que j’ai fait avec la voiture d’un client quand j’étais valet de stationnement d’un restaurant et que chacun me renvoyait expliquer l’affaire à un autre. Aussi, les bouteilles du mauvais vin de mon père que l’on buvait en auto entre amis. Une fumée sortait vraiment du goulot. Mon père est mort l’an dernier et il n’a réussi à faire du bon vin que l’année précédente. Ma soeur a vraiment vécu enfermée dans sa chambre tout un été après un chagrin d’amour. » On ne l’apercevra qu’une fois dans le film.

 

La vieille ville de Québec, peu souvent montrée au cinéma, fournit le cadre romantico-comique à ces mésaventures. Quant à la Lada russe, cadeau paternel empoisonné, elle se révèle la monture parfaite pour les gags catastrophes.

 

Pas solitaire pour deux sous, Ricardo Trogi. « Je fréquente encore les amis d’enfance que j’ai représentés dans le film. La prose m’ennuie. Je préfère lire et écrire des dialogues, mettre les personnages en interaction. » D’où ses films de gars. Ses personnages s’opposent, se chicanent, s’épaulent. « Mais ma mère est quand même très importante. Il n’y a pas que des hommes. »

 

Surtout eux, quand même, à travers ses oeuvres miroirs. « Après avoir vu 1981 et 1987, tu peux revoir Québec-Montréal et Horloge biologique en voyant une sorte de suite, car ces films de Trogi abordent des histoires de gars à des âges plus avancés », estime d’ailleurs Jean-Carl Boucher.Ça amuse le jeune acteur de se voir vieillir à l’écran.

  

Tous publics unis

 

Travailler avec Ricardo Trogi, il aime. « Et ce film-là est particulièrement dynamique. Mon personnage se trouve juste sur le bord d’obtenir ce qu’il veut. Mais il n’a pas encore 18 ans et les choses lui échappent. Je n’ai jamais imaginé comment il a pu se comporter entre 11 et 17 ans. On voulait que la différence entre les deux films soit flagrante. Alors, j’ai oublié 1981 et travaillé surtout les détails, les postures du personnage, comment il mange, comment il marche. Dans l’autre film, il voulait s’intégrer, maintenant c’est fait. Ricardo mimait les scènes sans tenir à ce que je l’imite. J’avais du jeu. Il est un leader généreux et sympathique qui aime avoir des rapports de profondeur avec ses acteurs. »

 

Nicole Robert, qui a produit tous les films de Ricardo Trogi, mise particulièrement sur celui-ci. « Plus d’écrans, 90 en tout cette fois. Mais on a un budget moins important que pour 1981. Aujourd’hui, il faut faire plus avec moins, même si les coûts ont augmenté. » Soupir !

 

« Les gens ont besoin de feel good movies, estime-t-elle, et 1987 est une comédie intelligente, finement écrite. Ricardo a déjà un public qu’on pense pouvoir élargir — tous ses films ont bien marché. Il parle de sujets importants sur un ton qui rallie tout le monde. Les exploitants de salles aiment 1987, même Vincenzo Guzzo. On a de l’espoir. »

 

Faire un dernier volet à sa trilogie, située entre 1987 et ses tribulations de La course destination monde, il y pense. Mais son prochain film sera pour la première fois écrit par un autre, en l’occurrence l’humoriste et acteur Louis Morissette. « Ça raconte l’écoeurantite aiguë d’un gars de 40 ans. Le scénario m’a plu. Alors, on commence à tourner le 24 août. Oui, Morissette tient le rôle principal, mais on n’est pas dans le style du Bye Bye. C’est touchant. C’est autre chose. »