Chercher sa voix, se perdre en chemin

De nombreux retours en arrière et en enfance parsèment le film.
Photo: A-Z Films De nombreux retours en arrière et en enfance parsèment le film.

On dit de certaines personnes, et de certains personnages, qu’elles parlent comme des livres ouverts. Le qualificatif peut souligner leur grande érudition, mais aussi leur manière désincarnée, artificielle, d’exprimer les choses.

 

Dans La voix de l’ombre, un premier long métrage d’Annie Molin Vasseur, on entend souvent tourner les pages lors des nombreux échanges larmoyants ou lyriques qui ponctuent la liaison secrète et particulière entre Marie-Hélène (France Castel), photographe, et Thomas (Mario Saint-Amant), cinéaste. D’ailleurs, si la première semble littéralement rivée à son appareil, le second pourrait tout aussi bien être itinérant, poète ou professeur de cégep.

 

Illustrations

 

La différence d’âge apparaît comme un détail ; le statut d’homme marié et de père de famille de Thomas complique davantage les choses, sans compter sa personnalité tourmentée qui le pousse à quitter Marie-Hélène sur un coup de tête. Comme un malheur n’arrive jamais seul dans cet univers aux prétentions plus littéraires que cinématographiques, un accident de vélo plonge ce téméraire dans un coma profond, forçant son ancienne maîtresse à revenir à son chevet à l’insu de l’épouse légitime, lui racontant son quotidien dans l’espoir de le ramener à la vie.

 

Elle y tient d’ailleurs tellement qu’elle répète plus d’une fois : « Faut que tu sortes du coma. » Au cinéma, c’est parfois aussi facile à dire qu’à faire.

 

Comme si cette trame mélodramatique n’apparaissait pas suffisamment chargée, le scénario est farci de retours en arrière illustrant le passé malheureux de l’héroïne avec sa mère (Isabelle Laurier), elle dont la voix traverse tout le film, narratrice d’un texte poétique d’une lourdeur affligeante. À cela s’ajoutent les réminiscences de cet accidenté de la route, expliquant peu à peu les raisons obscures de son attirance pour Marie-Hélène ; de là à dire que tout cela est cousu de fil blanc…

 

Des dialogues faussement profonds (« Le mensonge était notre seule vérité »), un montage parfois brouillon (pourquoi un plan de paysage enneigé dans une séquence se déroulant au début d’un automne magnifique ?), des acteurs à l’accent changeant et pointu, signe d’une direction d’acteurs plutôt molle, autant de maladresses qui ne donnent pas une très grande portée, ni un réel éclat, à cette Voix de l’ombre.

La voix de l’ombre

★★

Réalisation et scénario : Annie Molin Vasseur. Avec France Castel, Mario Saint-Amant, Isabelle Laurier. Image : Nicolas Venne, Abbey Neidik. Montage : Philippe Vasseur, Annie Molin Vasseur. Musique : Justin Béchard, Patrick Spisak. Québec, 2013, 82 min.