Réactionnaire par omission

Les vacances du Petit Nicolas est teinté d’un charme rétro tout en coloris pastels.
Photo: Métropole films Les vacances du Petit Nicolas est teinté d’un charme rétro tout en coloris pastels.

Après l’énorme succès remporté dans l’Hexagone par le film Le Petit Nicolas, d’après le bien-aimé personnage des romans illustrés créés par Goscinny et Sempé, une suite était à prévoir, c’est entendu. La voici.

 

Campé durant la Cinquième République française, l’univers du Petit Nicolas repose sur les archétypes de circonstance : papa pourvoyeur, maman ménagère, fiston gentiment polisson. Une France blanche, il va sans dire, dont les valeurs conservatrices couvent sous les charmants coloris pastel. Certes, c’était alors ainsi.

 

Quittant Paris, ce deuxième opus transporte Nicolas à la mer où, comme il se doit, il est initié au concept des « amours de vacances ». Pendant ce temps, papa s’émeut devant une ravissante baigneuse nudiste tandis que maman est courtisée par un producteur italien. Sans oublier grand-mère, qui monnaie des bonbons contre des bisous.

 

Encore une fois, la production n’a pas lésiné sur le charme rétro. Encore une fois, aussi, la réalisation de Laurent Tirard respecte l’esprit, la lettre et le graphisme de Goscinny et Sempé. Plus encore que la première fois, cependant, il faut être converti à l’univers des romans illustrés pour trouver matière à pâmoison tant l’ensemble se révèle prévisible et, oui, convenu, de la candeur fabriquée de l’intrigue à la musique pastichant d’innombrables trames sonores de Vladimir Cosma.

 

Publiés entre 1959 et 1965, les ouvrages de la série du Petit Nicolas témoignaient, en toute logique, de leur époque. Or, les adapter à l’identique au cinéma de nos jours, sans distance, sans critique sous-jacente (fut-elle amusée), équivaut à tenir, par omission justement, un discours réactionnaire. Un contre-exemple ? Des films comme Raisons et sentiments, d’Ang Lee, et Mansfield Park, de Patricia Rozema, dont les scénarios adoptent un angle résolument féministe sans jamais trahir l’esprit des romans de Jane Austen parus au début du XIXe siècle.

 

À l’instar de son prédécesseur, Les vacances du Petit Nicolas fait revivre une France (un Occident) où les relations hommes-femmes étaient parfaitement balisées ; une France, qui plus est, qui ignorait le problème des banlieues et ceux liés à l’immigration. « C’était le bon temps », semble soupirer le film. L’était-ce vraiment ?

Les vacances du petit Nicolas

★★

Réalisation : Laurent Tirard. Scénario : Grégoire Vigneron, L. Tirard, d’après l’oeuvre de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé. Avec Mathéo Boisselier, Valérie Lemercier, Kad Merad, Dominique Lavanant, Bouli Lanners. Images : Denis Rouden. Montage : Valérie Desseine. Musique : Éric Neveux. France, 2014, 99 minutes.