Les dessous du succès pop

Le film d’Eastwood nous fait pénétrer dans l’univers des magouilles autour du succès des Four Season.
Photo: Warner Bros. Le film d’Eastwood nous fait pénétrer dans l’univers des magouilles autour du succès des Four Season.

Rien pour déparer la filmographie de Clint Eastwood, rien pour la relever non plus. L’acteur-cinéaste de Mystic River a effectué au long des ans une radiographie de l’Amérique, traquant son ADN pour ainsi dire. Ici, à travers le biopic d’un groupe de chanteurs pop des années 60, The Four Seasons, il montre avec habileté à défaut de fougue sur quelles assises un succès populaire pouvait se bâtir aux États-Unis. Car la mafia, la petite criminalité, les dettes se dessinent en fond de scène. Eastwood joue dans les plates-bandes de Scorsese et de Coppola. Christopher Walken, en suave parrain de la mafia, fait merveille.

 

Le chanteur vedette des Four Seasons, groupe italo-américain venu du New Jersey, Frankie Valli (John Lloyd Young) est une sorte de haute-contre capable de hautes vocalises qui ont séduit l’époque, avec nombre de grands succès composés par Bob Gaudio (Erich Bergen) tels Sherry et Big Girls Don’t Cry. Mais on est loin de l’excellente bio de Charlie Parker qu’était Bird en 1987. Ici, Eastwood jongle davantage avec le divertissement pop avec touches d’humour. Il survole son sujet.

 

Jersey Boys est bien filmé, tirant parti de l’esthétique des années 50, 60 et 70 en décors, costumes, accessoires, couleurs saturées, etc. Les acteurs issus de la comédie musicale sont d’excellents chanteurs. L’ascension des Four Seasons nous fait pénétrer des magouilles, dont celles des studios d’enregistrement, les amours et les rivalités d’ego du groupe se dessinent sans instaurer de vraie tension dramatique.

 

La facture est élégante, mais l’univers décrit peu captivant. Peut-être qu’aux États-Unis, ces icônes pop ont gardé une aura qu’elles n’ont pas chez nous. Pour créer un effet de distanciation, Eastwood fait parler ses acteurs trop souvent devant la caméra. Le procédé lasse. Et puis, ces interprètes devaient être plus à l’aise sur scène à Broadway, le film étant tiré d’une pièce. Ils n’ont pas l’expérience du jeu devant la caméra. La performance de Christopher Walken contraste avec celles des héros. Les segments chantés sont les meilleurs, surtout la finale chorégraphiée au poil, où Eastwood s’éclate. Si bien que les fans de musique disco devraient y trouver leur compte davantage que ses fans tout court.

 

Jersey Boys

Réalisation : Clint Eastwood. Scénario : Marshall Brickman, Rick Elice d’après leur propre pièce. Avec John Lloyd Young, Vincent Piazza, Erich Bergen, Michael Lomenda, Renée Marino, Christopher Walken. Image : Tom Stern. Montage : Joel Cox, Gary Coach. États-Unis, 2014, 2 h 15.