Kiss & Cry: l’amour fait main

Extrait du spectacle Kiss & Cry
Photo: Carrefour international de théâtre de Québec (photo: Marteen Vanden Abeele) Extrait du spectacle Kiss & Cry

Kiss Cry, c’est d’abord un grand film d’amour. Près d’une gare, une femme songe aux hommes qui ont traversé sa vie avant de sombrer dans l’oubli. Défilent alors cinq histoires d’amour, de passion, de tendresse, de violence et d’ennui. À l’écran, toutefois, nul comédien : les protagonistes de ces récits, ce sont des mains.

 

Mains de marionnettistes dépouillées de leurs pantins, elles se substituent aux corps des acteurs. Troublantes de sensualité, vibrantes de rage ou de désir contenu, touchantes dans leur fragilité, elles incarnent à la perfection toutes les facettes de l’amour. Elles bougent, elles jouent. Elles dansent.

 

C’est bien ce qu’elles font, ces mains au pas souple et agile comme celui des danseurs. Sur un doigt, sur deux, elles se meuvent au gré de chorégraphies finement étudiées, exprimant davantage dans leurs infimes déplacements que bien des comédiens par leurs discours.

 

Kiss Cry, c’est donc un magnifique film d’amour où les scènes jouées se marient aux scènes dansées avec une extraordinaire fluidité, grâce au talent du cinéaste Jaco Van Dormael et de la chorégraphe Michèle Anne De Mey. Mais Kiss Cry, c’est aussi un spectacle grandiose et déroutant, une superproduction artisanale, un exploit technique et humain, un trésor d’imagination et d’inventivité ; bref, une véritable leçon de créativité.

 

Le film, en effet, est joué, tourné, monté et projeté simultanément sur une scène métamorphosée en studio miniature. Entre le public et l’écran, des meubles de tout acabit se transforment en minuscules plateaux autour desquels s’agitent comédiens-danseurs et caméras, au milieu de décors hétéroclites composés de maquettes et de jouets d’enfant. Sur scène, des techniciens gèrent les éclairages, la mise au point de l’image et l’enchaînement des cadrages. Derrière le public, un autre mixe en direct sons et musiques préenregistrées. Réalisés manuellement, les effets spéciaux sont de véritables chefs-d’oeuvre d’ingéniosité.

 

Constamment sollicités, les yeux du spectateur glissent sans cesse de la scène à l’écran, du produit fini à l’oeuvre en train de se faire, de la beauté des scènes projetées au bric-à-brac organisé dont elles émergent achevées. On s’étonne. On admire. On rit. On aime. On aime énormément.

 

À la fin, pas de générique. Mais on bat des mains, naturellement.

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Kiss Cry

de Jaco Van Dormael et Michèle Anne De Mey, au Pavillon du commerce d’ExpoCité, dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec, jusqu’au 7 juin.