La fausse méchante

Angelina Jolie incarne Maléfique dans le film du même nom de Robert Stromberg.
Photo: Buena Vista Angelina Jolie incarne Maléfique dans le film du même nom de Robert Stromberg.

Il était une fois un roi et une reine qui étaient si fâchés de n’avoir point d’enfant, si fâchés qu’on ne saurait dire. Ils allèrent à toutes les eaux du monde ; voeux, pèlerinages, menues dévotions, tout fut mis en oeuvre, mais rien n’y faisait… Ainsi débute l’un des plus célèbres contes de Charles Perrault, La belle au bois dormant. Ou est-ce bien le cas ?

 

Un peu comme il l’a fait l’an dernier avec son immense succès La reine des neiges, d’après Hans Christian Andersen, le Studio Disney a décidé de remettre au goût du jour en l’adaptant très librement l’un de ses classiques d’antan, avec cette fois des acteurs en chair et en os, des effets spéciaux tout plein, et de la 3D, dont on ne saurait apparemment plus se passer.

 

Dans une contrée lointaine, donc, vivaient Maléfique et Stefan ; elle, bonne fée ailée, lui, pauvre orphelin. Bien qu’issus de royaumes hostiles l’un envers l’autre, Maléfique et Stefan s’aimaient d’amour.

 

Puis l’ambition s’immisça dans le coeur de Stefan qui, afin de succéder au roi, commit l’ultime outrage en coupant les ailes de sa mie, dont le souverain s’était fait une ennemie (élaborée avec tact, cette scène offre une métaphore à peine voilée des périls courus par les jeunes filles à l’ère de la drogue du viol, entre autres passages évoquant ce que l’on entend par « remettre au goût du jour »).

 

Trahie, meurtrie, Maléfique se retrancha dans sa forêt enchantée et se laissa envahir par la colère et le ressentiment jusqu’au jour où, apprenant la naissance d’Aurore, la fille du nouveau monarque, elle se présenta à la cour, superbe furie cornue tout de noir drapée.

 

C’est véritablement à partir de ce moment qu’Angelina Jolie, impériale, fait sien le personnage, de telle sorte qu’on aura désormais du mal à l’en dissocier. D’un scénario de plus en plus inégal à mesure qu’approche le dénouement, heureusement pas mièvre du tout, l’actrice tire le maximum, se révélant particulièrement à l’aise durant les passages plus cocasses.

 

La morale de l’histoire

 

Reproduite presque à l’identique du classique animé de Disney de 1959, la fameuse séquence de la malédiction jetée sur la princesse par la vilaine fée constitue par ailleurs le dernier lien rattachant le film de Robert Stromberg (directeur artistique d’Alice au pays des merveilles et d’Oz le magnifique) au conte originel. En effet, dès lors qu’Aurore est emmenée dans la forêt où sont chargées de veiller sur elle trois fées marraines bonnes mais incompétentes (rigolotes Imelda Staunton, Juno Temple et Lesley Manville), Maléfique devient celle qui, dans l’ombre, presque à son corps défendant, veille sur celle-là même qu’elle a ensorcelée. À l’instar de la princesse après qu’elle se fut piqué le doigt à l’aiguille d’un rouet, la bonté endormie de Maléfique finira par se réveiller.

 

Et c’est de cette manière que, comme dans sa récente relecture de La reine des neiges, le Studio Disney réhabilite un personnage féminin traditionnellement mauvais en suggérant que son avilissement n’est pas inné, tant s’en faut, mais résulte plutôt de trop de méchanceté endurée.

 

Morale pour morale, celle-ci a le mérite de n’être point sotte.

 

Maléfique (V.F. de Maleficent)

Réalisation : Robert Stromberg. Scénario : Linda Woolverton. Avec Angelina Jolie, Elle Fanning, Sharlto Copley, Sam Riley, Imelda Staunton, Juno Temple, Lesley Manville. Image : Dean Semler. Montage : Chris Lebenzon, Richard Pearson. Musique : James Newton Howard. États-Unis, 2014, 97 minutes.