Cannes, et après?

Anne Dorval et Xavier Dolan en conférence de presse à Montréal lundi, au retour de Cannes
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Anne Dorval et Xavier Dolan en conférence de presse à Montréal lundi, au retour de Cannes
Malgré la frénésie festivalière, malgré les montagnes russes émotionnelles, malgré le décalage horaire, ils étaient resplendissants, Xavier Dolan et Anne Dorval. Massés dans le grand hall du complexe Excentris lundi en fin d’avant-midi, journalistes, chroniqueurs culturels et potineurs mondains ont bombardé le duo de questions.

Près d’une heure et demie durant, le cinéaste et sa vedette ont répondu sans ambages ni détours. Et ce Prix du jury à Cannes, qui n’est pas la Palme d’or ? Et cette étreinte spontanée de la réalisatrice et présidente du jury, Jane Campion ? Et les prochains Oscar ? Et ce répit en forme de retour aux études annoncé par Xavier Dolan ? Et la suite ? Et l’avenir ? Bilan.

On le sait parce qu’il l’a dit, ne s’en est pas caché : Xavier Dolan visait la Palme d’or, que nombre de publications spécialisées, comme Les Inrocks, souhaitaient ardemment à son Mommy, véritable sensation du 67e du Festival de Cannes. La poussière d’étoiles à peine retombée, l’auteur qui affirme haut et fort « rêver grand », se montre reconnaissant et un brin philosophe.

« Il y a deux ans, j’ai osé être honnête et émettre un soupçon de déception par rapport à la sélection de Lawrence Anyways à Un certain regard plutôt qu’en compétition officielle, une déception du reste vite balayée par le bonheur de me retrouver de nouveau à Cannes. On me l’a reproché, je serai donc prudent, lance-t-il pince-sans-rire. Le Prix du jury est un prix coup de coeur, un prix important. Mais comme on nous avait témoigné tellement de… d’enthousiasme et de ferveur en prédisant la Palme à Mommy, c’était inévitable : on s’est tous rendus à la cérémonie galvanisés et pleins d’espoir. Or, le fait est que le jury a reconnu notre travail, a reconnu notre existence », se réjouit Xavier Dolan en insistant sur la nature profondément québécoise de son être et, par extension, de son oeuvre. Une oeuvre profondément personnelle, mais à la portée universelle, espère-t-il.

« Le film aurait aussi pu être complètement oublié », rappelle-t-il. Tel ne fut pas le cas, et l’image de Jane Campion, Palme d’or pour La leçon de piano, serrant dans ses bras ce jeune auteur québécois qu’elle a qualifié, émue, de génie, restera.

Ils s’aiment

« La quantité d’amour qu’on a reçu de la part du public et de la critique à Cannes était bouleversante, d’autant qu’il s’agit de communautés divises. La première est là par plaisir et la seconde, par profession, mais là, les deux groupes nous ont soutenus. C’était extrêmement émouvant », poursuit Xavier Dolan, qui s’interrompt parfois brièvement, comme pour se pincer.

« On se sentait vraiment portés par l’amour et la sincérité des gens, renchérit Anne Dorval. C’était surréaliste, de se promener avec Xavier. Les filles hurlaient son nom, les gars essayaient de lui toucher. J’avais l’impression de me trouver à côté d’une rock star ! »

De l’amour, le cinéaste et la comédienne en éprouvent également l’un pour l’autre, et pas qu’un peu. « Xavier m’a écrit des rôles de femmes magnifiques. Il y en a si peu pour les actrices vieillissantes. Dans J’ai tué ma mère et Mommy, il ne s’agit pas tant de rôles de mères — c’est une fonction —, mais de rôles de femmes complexes, riches. Je suis surtout heureuse que notre amitié se soit solidifiée à ce point au fil des ans. Sa fidélité me touche, mais il va faire le tour du monde et il y aura d’autres actrices : c’est la grâce que je lui souhaite. » Reste qu’Anne Dorval sera pour toujours « la première ».

« Je vois en Anne ce que je voyais à l’époque de J’ai tué ma mère, explique Xavier Dolan au sujet de sa muse des débuts. Je vois en elle tous les possibles. Tous les rôles, toutes les femmes. Je pense qu’Anne peut tout faire, de la satire à Andromaque. Rien n’est à son épreuve. »

Cet impossible répit

Pour le compte, rien ne semble résister davantage à Xavier Dolan. Cannes à quatre reprises, une escapade à la Mostra… Prochaine étape, les Oscar ? Jane Campion les y voit déjà, Anne Dorval et lui. Quand on lui pose la question, Xavier Dolan prend le temps de la réflexion. « Pourquoi pas ? », tranche-t-il alors que Mommy, dont on ignore encore la date de sortie québécoise, commence à peine sa carrière festivalière.

Dans les circonstances, on imagine mal l’auteur s’arrêter. Pourtant, lors de la sortie récente de son avant-dernier film Tom à la ferme, Xavier Dolan a déclaré vouloir délaisser les plateaux de tournage afin, d’une part, de s’accorder un repos nécessaire, et, d’autre part, de s’inscrire à l’université en histoire de l’art. À la même époque, le cinéaste confiait cependant « vivre pour son prochain film » [Les fleurs du manque dans Le Devoir, 22 mars 2014].

Abasourdi et ravi par l’accueil réservé à Mommy, il avoue être toujours désireux de souffler, mais n’être plus certain du moment où cela sera possible. La raison l’emportera-t-elle sur la passion ? Chose certaine, à 25 ans seulement, Xavier Dolan a encore de longues années devant lui, et la perspective d’autant de « prochains films » pour lesquels vivre.
1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 27 mai 2014 07 h 03

    Bravo...bis

    J'ai hâte de voir son film sortir en salle...
    Je lui souhaite de réaliser... tous ses rêves...
    et un bravo aussi à Anne Dorval qui semble
    avoir une belle connivence avec Xavier Dolan .