Entre larmes et fierté

Le cinéaste québécois Xavier Dolan figure en très bonne place au<br />
palmarès du 67e Festival de Cannes. S’il n’a pas décroché la Palme d’or que plusieurs lui décernaient pour son cinquième long métrage, Mommy, il n’en a pas moins obtenu samedi le Prix du jury, ex æquo avec Jean-Luc Godard, récompensé pour Adieu au langage.
Photo: Joel Ryan / Invision / Associated Press Le cinéaste québécois Xavier Dolan figure en très bonne place au
palmarès du 67e Festival de Cannes. S’il n’a pas décroché la Palme d’or que plusieurs lui décernaient pour son cinquième long métrage, Mommy, il n’en a pas moins obtenu samedi le Prix du jury, ex æquo avec Jean-Luc Godard, récompensé pour Adieu au langage.

Cannes — Xavier Dolan peut être fier d’avoir remporté le Prix du jury samedi soir pour son cinquième long métrage, Mommy, immense coup de coeur de ce festival. Un laurier récolté ex aequo avec Godard in absentia, pour Adieu au langage ; l’aîné et le cadet des cinéastes en compétition logés à la même enseigne. « Chez lui comme chez Godard, on sentait la passion et la liberté », déclara aux médias la présidente du jury, Jane Campion. D’autres favoris : les frères Dardenne avec Deux jours, une nuit et Abderrahmane Sissako (Timbuktu) sont repartis bredouilles. Pas Dolan.

 

Difficile de reprocher au jury d’avoir octroyé sa Palme à un grand film tchékhovien de maturité et de profondeur, très dialogué : Winter Sleep, du Turc Nuri Bilge Ceylan, sorte de Cerisaie transposée dans le décor fantastique d’un hôtel troglodyte de la Cappadoce en Anatolie. Cette exploration de la part sombre de l’être humain, lauréate aussi du prix de la critique internationale (Fipresci), dure 3 h 15. Palme de continuité plutôt que de rupture ou d’audace. Ni vague ni folie. On démonte les chapiteaux et à l’année prochaine.

 

Ceux qui militaient pour l’audace et l’énergie de la jeunesse à travers Mommy souhaitaient aussi une palme d’accessibilité. Le journaliste du Parisien pestait de la voir échoir à un film interminable que personne n’ira voir. Éternel dilemme des jurys.

 

Il était touchant à voir et à entendre, Xavier Dolan, en recevant son Prix du jury samedi soir, la voix brisée, remerciant Jane Campion dont La leçon de piano l’avait jadis inspiré, encourageant sa génération à croire en elle, à travailler et à foncer. L’étreinte de Jane Campion à Xavier Dolan venait du fond du coeur. Elle aimait le film, le jugeant moderne et brillant, comme elle nous l’a réitéré en rencontre de presse.

 

Tant de voix prédisaient la palme à Mommy. Comment ne pas avoir fantasmé ? Mais le jeune cinéaste resta beau joueur. « On avait rêvé à tout. Cette récompense me flatte de matière compatible avec la démesure de mes rêves. On a un prix formidable que l’on ramène avec une grande fierté. » Dont acte.

 

À peu près le même cas de figure que pour Les invasions barbares de Denys Arcand à Cannes en 2003 : ovation de plusieurs minutes en projection de gala, coup de coeur des festivaliers qui lui prédisaient la Palme. Au palmarès, le film avait reçu le Prix d’interprétation pour Marie-Josée Croze et le Prix du scénario, décevant l’équipe. Tout dépend de la charge d’attentes en amont.

 

Sinon, étonnement de voir la jeune cinéaste italienne Alice Rohrwacher, dont le film tendre, fragile et poétique Le meraviglie (Les Merveilles) avait été reçu tièdement, récolter le Grand Prix. Soulagement de constater que les Américains, réticents à envoyer leurs films à Cannes (trop tôt dans la saison, trop risqué, trop cher) ne sont pas oubliés : Bennett Miller repart avec le laurier de la mise en scène pour son excellent Foxcatcher. Quant au Russe Andrey Zvyagintsev, il méritait davantage que son Prix du scénario pour le beau, tragique et ironique Leviathan, satire du régime russe (cosnénarisé avec Oleg Negin).

 

Rien à redire pour les prix d’interprétation : Julianne Moore, folle de charisme dans l’excellent Maps to the Stars du Torontois David Cronenberg égratignant Hollywood, le Britannique Timothy Spall, extraordinaire en peintre paysagiste grognon J. M. W. Turner, dans le film de Mike Leigh Mr. Turner.

 

Mais c’est Xavier Dolan qui aura remporté ces derniers jours la palme du coeur. Et l’immense vitrine internationale offerte à son Mommy se traduit aussi par une distribution à l’échelle planétaire. Près de 1,5  million de dollars de ventes sont déjà assurés, un chiffre énorme. Avec un tel buzz et le prix du jury, le film commence à peine à vivre.

1 commentaire
  • Luce Ducharme - Abonnée 26 mai 2014 04 h 40

    temmement vrai

    Jétais dans la salle Debussy pour assister a la retranmission du grand gala.... avec plein de ratés..... et on a failli ne jamais voir Xavier....
    son mot pour Jane Campion a été accueilli avec plein de ferveur et émotion....
    et ce que dit Mme Tremblay ici est plus que juste.

    Pierre Pageau
    juré Fipresci cette année.