Le cas Mommy

Anne Dorval et Xavier Dolan ont défilé sur le tapis rouge jeudi à l’occasion<br />
de la présentation officielle — et attendue — de Mommy.
Photo: Agence France-Presse (photo) Valery Hache Anne Dorval et Xavier Dolan ont défilé sur le tapis rouge jeudi à l’occasion
de la présentation officielle — et attendue — de Mommy.

Cannes — C’est la vérité pure : Mommy fait un malheur sur la Croisette. Vrai aussi, le nombre inouï de réactions positives, enthousiastes à son film, sur les sites et partout. Du Hollywood Reporter à L’Express, du Figaro au Monde en passant par The Guardian« Il n’y a pas de prodige plus prodigieux que celui-ci », y lit-on —, c’est oui. La twittosphère délire et les festivaliers des quatre coins du monde nous arrêtent pour parler de lui. Plusieurs spectateurs sortent en pleurs. À la projection de gala jeudi soir, sa mère était dans la salle. « La savoir là, c’est ce qui m’émeut le plus, dit Xavier Dolan. Vais-je retenir mes larmes ? »

 

Plusieurs voix lui prédisent la Palme, mais comment savoir ? C’est une substance organique, un jury. Le jeune cinéaste suppute ses chances : Jane Campion devrait aimer, Gael García Bernal aussi, Sofia Coppola se rallier à un film loin de son univers doré. D’autres s’y opposeront, Nicolas Winding Refn, peut-être. Il peut se faire tous les scénarios. Au jury, le verdict. Ses membres ont promis de ne rien lire sur papier ou en ligne à propos des films en compétition, mais ils assistaient à la projection de gala jeudi soir. La vibration, ils l’ont sentie passer.

 

D’autres films sont plus maîtrisés et classiques que le sien. Seul Mommy repose sur une telle pulsion, en bombardant les émotions du public. C’est son pari. Et ça marche.

 

Reste que le Turc Nuri Bilge Ceylan a livré un film majeur avec Winter Sleep. Après avoir gagné le Grand Prix du jury ici en 2011, il espère sa palme. D’autres lauriers seront attribués dans ce palmarès. On suivra les résultats samedi soir avec impatience, bien entendu. Le mot « Québec » est sur toutes les lèvres. Chose certaine, le film à avoir vu, ici, c’est Mommy.

 

Aller dîner avec l’équipe du film après la conférence de presse, à la plage du Majestic, c’était sentir la tension à géométrie variable de ses membres. Un soulagement après pareil démarrage. « Mais en quoi la partie est-elle gagnée ? » me demande Suzanne Clément, qui sera pendue aussi aux résultats du palmarès.

 

L’actrice québécoise avait été primée à Un certain regard pour son rôle dans Laurence Anyways, en 2012. Elle et Anne Dorval connaissent Cannes, mais se préparaient cette fois à monter leur premier vrai tapis rouge. Le jeune Antoine Olivier Pilon prenait encore la partie à la légère, comme un jeu.

 

Xavier Dolan lui, connaît la musique. Quatre sélections à Cannes, plus Tom à la ferme en compétition à Venise ; il est comme une corde de violon tendue vers la suite des choses, palpitant et structuré en même temps, à l’instar de Mommy.

 

Rares sont les cinéastes québécois masculins d’aujourd’hui à donner des rôles forts à des actrices. Xavier Dolan, oui. Il précise : « Tous mes modèles, mes mentors ont été féminins. Dans mes films, la figure de ma mère a inspiré les autres. » Le jeune cinéaste m’entraîne sur la jetée, dit qu’il voit aussi les défauts de son film, mais se déclare ravi d’avoir transmis des émotions. « Les journalistes reçoivent mon film avec leur coeur plus qu’avec leur tête. Ça me rend fier. J’ai voulu toucher les gens. »

 

L’ambition et l’inspiration

 

Il impressionnait aussi en conférence de presse, l’ami Xavier, détendu, sûr de lui : « Je n’ai pas peur de l’ambition. Ni de créer une histoire. »

 

Le cinéaste québécois s’extirpe même d’une question piège d’un journaliste de Toronto, à savoir s’il représenterait le Québec ou le Canada, advenant la fameuse Palme. « Je suis Québécois et le Québec est à l’intérieur du Canada, quelles que soient mes convictions politiques. Mais si je gagne la Palme, ce sera aussi une victoire internationale pour ma génération, à qui je veux donner de l’espoir. »

 

Les journalistes s’étonnent de le voir livrer son cinquième long métrage à 25 ans. « C’est comme une drogue dure,dit-il. On en a besoin. Mon rythme de consommation est élevé. » Son statut d’homme-orchestre les épate aussi : à la roue du scénario, de la réalisation, des costumes, du montage, de la bande-annonce, de l’affiche, des sous-titres, etc. Il refuse le titre de « control freak », mais veille à tout. « Quand j’écris le scénario d’un film, je vois déjà sa bande-annonce. Avoir plusieurs chapeaux, c’est du travail, mais ça me passionne. Je fais ce que je crois avoir la possibilité de faire. Ce ne sera pas le meilleur montage possible, mais ce sera le montage de mon film. »

 

Les parallèles entre Mommy et J’ai tué ma mère ont frappé bien des esprits. Tant de mamans dans ses titres et ses rôles… « Dans mon premier film, j’avais besoin de me sortir de quelque chose. Cette fois, la mère est au centre du film. J’ai mûri. Avoir vu ma mère monoparentale se battre pour des choses, abdiquer pour d’autres, m’a inspiré, même si elle n’a rien à voir avec celle de Mommy. »

 

Ce film, il avait d’abord rêvé de le réaliser aux États-Unis. « Mais chez moi, dans le quartier de Longueuil où j’ai été élevé et où le film est tourné, je puise une force, une inspiration introuvable ailleurs. Et je voulais travailler à nouveau avec Anne Dorval et Suzanne Clément, faire avec Antoine Olivier Pilon plus qu’un court métrage : le clip d’Indochine. »

 

Les gens l’ont interrogé sur le format 1:1 de Mommy,un quadrilatère collé aux corps et aux visages, avec au cours du film, ce jeu d’ouverture que le public applaudit. « Mon directeur photo André Turpin avait toujours rêvé de tourner en 1:1. Le regard du spectateur se voit emprisonné dans le regard du personnage. »

 

Le benjamin des cinéastes en compétition était aussi le plus demandé, bondissant d’une entrevue, d’une rencontre à l’autre. Et cette montée des marches. « Je suis heureux », dit-il.
 




MOMMY : Le meilleur de la conférence de Presse par CannesFestTV
6 commentaires
  • André Martin - Inscrit 23 mai 2014 08 h 02

    La question piège du journaliste de Toronto.

    Tout est AUSSI québécois dans ce fils de Dolan, même Longueuil. Mais il ne pouvait pas répondre ça bien sûr. Il ne faut surtout pas que le jupon québécois dépasse chez nos intégristes canadiens, surtout à l’étranger.

    Le petit a bien répondu

    • Grace Di Lullo - Inscrit 23 mai 2014 09 h 43

      Ce grand cinéaste a très bien répondu à la question de ce journaliste canadien.

      Ce grand cinéaste est tout à fait brillant.

      Félicitations ! Il mérite tous les honneurs.

    • Gilles Théberge - Abonné 23 mai 2014 10 h 32

      Oui les ontariens ne sont pas certains encore que nous sommes tout à fait morts" alors ils s'inquiètent et si la réponse peut les rassurer c'est un soulagement.

      La seule chose que devrait les inquiéter c'est que, quand même' Dolan ne s'est pas défini comme Canadian. Oui, à leur place je m'inquiéterais...

  • Michel Danis - Inscrit 23 mai 2014 08 h 13

    Bravo

    Vivent les génies !

  • Alain Lavoie - Inscrit 23 mai 2014 09 h 21

    Le mieux encore est de se taire (ou se croiser les doigts) et d'attendre à samedi.

  • Richard Lapierre - Inscrit 23 mai 2014 18 h 06

    Quebecois abrutis consanguins

    "Le marché est consanguin chez nous. " X Dolan , Avril 2014

    "Expliquer aux abrutis que ça leur coûte quelques sous financer la culture." X Dolan, Avril 2014

    On dirais Justin Bieber no 2! Narcissique au boutte, mais il s'en félicite! Palme d'or ou pas (j espère que non), le dommage est fait.