Madame la présidente

Gael Garcia Bernal, Jane Campion et Sofia Coppola font partie du jury du Festival de Cannes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alberto Pizzoli Gael Garcia Bernal, Jane Campion et Sofia Coppola font partie du jury du Festival de Cannes.

On fait grand cas, avec raison ici, de la présidence du jury assurée par la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion. Encore à ce jour la seule femme lauréate d’une Palme d’or (pour La leçon de piano en 1994). En 67 ans de festival de Cannes, ça devient embarrassant. Vraie phénomène de foire, d’autant plus qu’elle est aussi l’unique cinéaste à avoir obtenu un doublé avec la Palme du court métrage (Peel en 1986). Sa Leçon de piano est son film le plus connu, mais Campion avait réalisé en 1990 un précédent chef-d’oeuvre : Un ange à ma table. Depuis quelques années, la dame est trop confinée à la télévision, dont la série Top of the Lake, qui a épaté.

 

À chacun de ses passages à Cannes, la question surgit : mais enfin, pourquoi toute seule au haut du palmarès ? Ça l’énerve aussi, Jane Campion, ce statut d’unipalmée. Poids lourd à porter. Elle lance : « C’est non démocratique. Nous sommes sous-représentées dans la profession. Au départ, 7 % des 1800 films soumis à Cannes sont faits par des femmes. Il manque une vision féminine. »

 

Deux femmes sur dix-huit cinéastes concourent cette année pour la Palme. Mais au jury, la parité est de mise. Devant nous : la cinéaste Sofia Coppola (Lost in Translation), les actrices Carole Bouquet, Leila Hatami (Une séparation), la Sud-Coréenne Jeon Do-yeon. À leurs côtés : le cinéaste chinois Jia Zhangke (A Touch of Sin), son collègue Danois Nicolas Winding Refn (Drive), les acteurs Willem Dafoe et Gael Garcia Bernal. Pas mal !

 

Carole Bouquet jure qu’ils vont bien se passer de nous : « On ne lira aucune entrevue, aucun commentaire de presse. » Gael Garcia Bernal voit son rôle comme une sorte de jeu. Tous veulent arriver devant l’écran sans a priori, carburer à l’instinct, aux coups de coeur, à l’esprit aussi. Jane Campion grogne à l’idée de primer des films au détriment des autres. « Mais en même temps, c’est une façon d’attirer l’attention sur le cinéma, donc c’est une bonne chose. »

 

Et d’avouer par ailleurs candidement : « Mon grand problème ici, c’est : comment m’habiller ? »


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Vieille tradition : lors du Festival de Cannes ou du Grand Prix de Monaco, l’aéroport de Nice, par où transitent riches et célèbres, se voit traditionnellement pris en otage par des employés mécontents. Ainsi, mercredi, jour de l’ouverture du bal cannois, les chauffeurs de taxi ont bloqué l’accès aéroportuaire aux chauffeurs privés, concurrents déloyaux qui cassent les prix. Des stars et cinéastes venus gravir le tapis rouge, pestaient. D’autres cherchaient des autobus. Le maire de Nice engueula les chauffeurs de taxi pour ainsi donner une mauvaise image de sa ville. Mais les gens, on l’espère, finirent par se rendre à bon port, à pied, à cheval et en voiture, comme le chantait Bourvil.

 

Et une nuée de vedettes, de Léa Seydoux à Laetitia Casta, de Nicole Kidman à Lambert Wilson, maître de cérémonie saluant la mémoire d’Alain Resnais, s’est retrouvée pour la montée des marches avant la pluie, pour le film (mauvais) et bien sûr, pour la fête.

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