Huées pour Grace de Monaco

Tim Roth et Nicole Kidman, qui incarnent le couple princier dans Grace de Monaco, au moment où il faisaient leur entrée à la cérémonie d’ouverture du 67e Festival de Cannes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Loic Venance Tim Roth et Nicole Kidman, qui incarnent le couple princier dans Grace de Monaco, au moment où il faisaient leur entrée à la cérémonie d’ouverture du 67e Festival de Cannes.

Bon ! Le film ennuie ferme. Grace de Monaco d’Olivier Dahan, dont la sortie fut maintes fois repoussée, au tournage nourri de controverses, n’aura été qu’un pétard mouillé. En ouverture du 67e Festival de Cannes, plouf ! À peine mieux que la bio sur Diana, avec Naomi Watts. Faudrait laisser les princesses dans leurs tours.

 

Cette tranche de vue romancée de l’actrice américaine partie vivre sur son Rocher, sur fond de crise politique et crise conjugale, quelques années après le beau mariage, tient du mélo sans sel. Quant à Nicole Kidman dans le rôle-titre, la voici bien fade, comme Grace Kelly au fait, l’actrice de Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock n’était pas une dynamo non plus. Le choix de Kidman, qui a dix ans de plus que son modèle en 1962, avait fait grincer en amont. Appelons ça un film maudit.

 

Quelques huées après la séance de presse, des bâillements quant au reste : son sort critique était déjà scellé. Pas trop envie d’enfiler ta tenue de gala après ça pour la montée des marches sous sourires de circonstance, façon Côte d’Azur.

 

Kidman dit adorer Cannes, où elle vient depuis dix ans à la moindre occasion. « L’an dernier, mon expérience de juré constitua un des plus beaux moments de ma vie », dit-elle.

 

Grace de Monaco a justement été tourné sur la Riviera, même un peu sur le Rocher, du temps où la famille Grimaldi souriait encore au cinéaste français, qui accepta quelques petites coupes de scénario ici et là pour leur complaire. Depuis, ils sortent les longs couteaux. « Références historiques et littéraires douteuses », tel fut le verdict officiel. « C’est une fiction inspirée de faits réels », clame Olivier Dahan. Il a inséré cette même phrase au film, histoire de se dédouaner en cas de procès, dont ces princes et princesses se révèlent coutumiers.

 

Cérémonie boudée

 

Chose certaine, les Grimaldi, dont quelques membres auraient orné avec chic dans un monde idéal la montée des marches (et puis Monaco, c’est la porte à côté), boudent la cérémonie. Stéphanie a même affirmé que ce film, faute de faire l’éloge du grand homme que fut son père, n’aurait jamais dû exister.

 

« Ça me rend triste, soupirait devant nous mercredi Nicole Kidman. Le film, romancé, a été fait avec amour, mais il parle de la vie privée de leur père et mère. Je les comprends aussi et je respecte leur décision. » Dont acte !

 

À Olivier Dahan, on devait l’excellente Vie en rose, biopic de Piaf, qui valut un Oscar à Marion Cotillard. Cette fois, il eut la main moins sûre. Et tant de dialogues en anglais choquant, même dans les scènes sans princesse.

 

Grace de Monaco arrivait précédé d’une autre controverse. Harvey Weinstein, puissant manitou distributeur à Hollywood, voulait remonter le film, jugé trop politique, pas assez glamour, pour son public américain, au grand dam d’Olivier Dahan en refus d’amputation. Le Québec n’était pas concerné puisque Métropole films allait distribuer la version originale de toute façon. Mais mercredi matin, juste après la projection de presse, coup de tonnerre sur le ciel bleu cannois : un communiqué de Weinstein déclarait toutes les difficultés aplanies. La version de Dahan prévaudra en Amérique du Nord et si coupures il y a, elles se feront d’un commun accord. Tout baigne, braves gens !

 

Trop sage ou trop pernicieux

 

Mais s’il s’agissait d’une machination promotionnelle, ourdie en coulisse entre compères pour faire parler du film depuis des mois ? Tout est possible en ces matières. Grace de Monaco, trop sage pour le public, trop pernicieux pour les Grimaldi, ne marchera pas de toute façon. Les biographies de la princesse la montraient plus malheureuse dans son château que dans ce film-là, mais au cinéma, c’est toujours plus grave. Puissance de l’image. « Moi aussi, j’ai connu une cage dorée », nous dit Kidman, qui s’est identifiée à Grace Kelly. Toutes deux, en remportant un Oscar, se sentaient seules dans leur vie. La longue icône australienne précise avoir lu des bios sur Grace, visionné un fleuve d’images sur sa vie à Monaco, en plus d’avoir regardé ses films.

 

Le film n’est pas complètement nul, à part la musique appuyée de Christopher Gunning. Car la Riviera, le Palais, c’est beau, et quelques images d’archives au début, de même que des scènes du tournage, rappellent qu’on est au cinéma. Mais c’est bien vide. Tim Roth, qui joue de façon trop ambiguë un Rainier macho, faible, colérique et peu attachant, ne devrait pas plaire aux Grimaldi, il est vrai, ceux-ci n’ayant lu en principe que le scénario.

 

Ce fragment d’histoire, sur deux ans, est traité de façon trop lisse. Alors que Rainer délaisse son épouse, que les sujets de la principauté la traitent en pure étrangère, Hitchcock propose à la princesse, déjà mère de deux enfants, d’être l’héroïne de son film Marnie et son coeur balance. Un conflit avec le général de Gaulle qui entend annexer le Rocher, paradis fiscal des Français cossus, crée des tensions. Des intrigues de palais font le reste.

 

Profils de surface

 

Tout cela aurait pu constituer une riche matière scénaristique. Des figures secondaires s’y greffent, certaines réussies, tel Robert-Bruce Lindsay, diabolique et vulgaire en Aristote Onassis dans son yacht, Paz Vega, vibrante en Maria Callas, Yves Jacques, en ministre de l’Intérieur, s’en sort bien, sans beaucoup de texte à défendre. Des profils de surface en gros.

 

« J’ai voulu parler du choix d’une femme : retourner ou pas à Hollywood, plaide Olivier Dahan. Le contexte politique n’est présent que pour renforcer les portraits des personnages. Presque tout est vrai, mais Hitchcock n’est pas venu en personne proposer le rôle à Grace, le général de Gaulle ne s’est pas rendu non plus au bal de la Croix-Rouge sur le Rocher. Ce que j’ai voulu atteindre est hors de l’ordre du factuel. Je cherchais à tordre le cou aux contes de fées qu’on vend encore aux petites filles d’aujourd’hui. En ce sens, le film est très actuel. »

 

Il se sent incompris. Ce tournage mouvementé fut sans doute pour lui un vrai cauchemar. La première à Cannes l’est aussi.

 

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1 commentaire
  • Martin Pelletier - Inscrit 15 mai 2014 07 h 22

    Huées?

    Z'ont quand même pas hué le Grand Yves Jacques, l'un des plus grands acteurs au monde!

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Jacques
    « Yves Jacques est l’un des plus grands acteurs du monde, c’est une grande vedette au Québec. Pour moi, il est une espèce d’Alec Guiness ou de Peter Sellers d’aujourd’hui, ou de Geoffrey Rush. Sa culture d’acteur anglo-saxonne est merveilleuse, il est capable de passer du drame à la comédie avec un grand sens du rythme, de la musique. »