Rite de passage

Uvanga se penche sur une communauté de l’île de Baffin.
Photo: Métropole Films Uvanga se penche sur une communauté de l’île de Baffin.

Après le très beau Before Tomorrow (Le jour avant le lendemain) qui remontait aux premiers contacts entre Blancs et Inuits, Marie-Hélène Cousineau et Madeline Piujuq Ivalu, du Collectif Arnait Video à Igloolik, au Nunavut, se penchent sur l’univers contemporain de cette communauté de l’île de Baffin. Première incursion dans l’« aujourd’hui » du peuple des neiges, Uvanga possède le grand mérite d’ouvrir une porte d’humanité sur une communauté méconnue.

 

L’action se situe l’été sous le soleil de minuit, alors que la Montréalaise Anna (Marianne Farley) arrive à Igloolik avec Tomas (Lukasi Forrest), le garçon de 14 ans qu’elle a conçu avec un Inuit de la place, récemment décédé dans de mystérieuses circonstances.

 

Le film, un peu thriller mais au rythme lent, se veut un rite de passage entre l’enfance et l’âge adulte, puisque Tomas, en découvrant la complexité du monde et une famille de culture inuite dont il ne savait rien, grandit et se découvre.

 

Uvanga possède des beautés : les images de Félix Lajeunesse et Alexandre Domingue dans ce petit village devant les glaces flottantes de la baie, la plage souvent, les hauteurs de roches et le camp d’été au bord de l’eau où les familles vivent dans des tentes ou des cabanes pour pêcher et chasser. Une saisissante chasse au phoque en bateau constitue un des moments forts du film. Mais le scénario paraît trop mince. La quête des causes de la mort du père que poursuivent Thomas et son demi-frère Travis (Travis Kunnuk) ne trouve pas de résonance marquée dans le coeur des garçons, surtout Thomas, indéchiffrable et sans grand charisme, absent à lui-même. Les rapports avec sa mère Anna, constamment tendus malgré un hiatus final, auraient gagné à multiplier quelques plages de tendresse pour humaniser leurs liens. Marianne Farley manifeste une présence, malgré le petit nombre de répliques vraiment significatives. C’est son ancienne rivale Sheba (Carol Kunnuk) qui hérite d’un rôle plus étoffé, en évolution, jouant celle qui pardonne et assiste. Bravement, les cinéastes ont mis en avant les problèmes de drogue et d’alcool, si courants dans le Grand Nord.

 

Le film entremêle des interprètes professionnels et non professionnels, avec niveaux de jeu en escalier. Pakak Innuksuk, qui a joué dans les films de Zacharias Kunuk — Atanarjuat et Le journal de Knut Rassmussen (inoubliable chaman), également dans Maïna de Michel Poulette —, compose ici une intéressante figure de sagesse. Peter Henry Arnatsiaq, autre grand acteur inuit des films de Kunuk, paraît moins à l’aise en homme qui lutte contre sa conscience. Mais ces interprètes devaient pour la première fois livrer de longues répliques en anglais.

 

Les moments les plus touchants d’Uvanga sont quasi documentaires, alors que des aînés plaisantent ensemble en inuktitut devant la plage un beau soir doux. Madeline Piujuq Ivalu — grand-mère dans Before Tomorrow —, également coréalisatrice, dégage un grand naturel de jeu, irrésistible comme ses compères. On savoure aussi le récit, arraché au réel, d’un homme qui a tué un ours avec un marteau. Ce film fragile, qui n’a pas vraiment trouvé son rythme au montage, mais important dans son profil de communauté à la fois moderne et collée à ses traditions, casse des idées préfabriquées sur un peuple dont elles n’ont pas voulu trop appuyer la tragique acculturation.