Les cinéastes québécois débarquent à Cannes

Stéphane Lafleur, en compagnie de Kim McCraw, productrice de Tu dors Nicole.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Stéphane Lafleur, en compagnie de Kim McCraw, productrice de Tu dors Nicole.

Le Québec peut se targuer d’afficher haut ses couleurs durant la cuvée cannoise du mois prochain. Xavier Dolan en compétition officielle avec Mommy, Stéphane Lafleur à La Quinzaine des réalisateurs avec Tu dors Nicole. Ajoutez deux courts métrages projetés sur la Croisette : Petit frère de Rémi St-Michel sur un scénario d’Eric K. Boulianne et Jutra de Marie-Josée Saint-Pierre à la Quinzaine. Riche moisson !

 

Stéphane Lafleur sillonne le circuit des grands festivals. Son premier long métrage Continental, un film sans fusil était à Venise en 2007, section Venice Days. En 2011, En terrains connus remportait à la Berlinale le Prix du jury oecuménique. Et bientôt Cannes. On a salué dans son oeuvre passée une exigence, une finesse, un grand talent de directeur d’acteurs, une complexité scénaristique à destins croisés. « Mais j’ai de plus en plus envie de simplicité, dit-il. Tu dors Nicole se concentre avant tout sur le personnage principal, avec une nouvelle lumière, une autre saison (l’été) sur un univers de jeunesse. »

 

Ce cinéaste discret préfère l’ombre aux projecteurs. Ce n’est pas la vanité qui l’étouffe. Stéphane Lafleur n’en revenait pas d’être sélectionné et se pinçait pour y croire. À ses yeux, la présence de Xavier Dolan, de Denis Villeneuve, de Denis Côté dans l’arène internationale crée une attention accrue pour le cinéma québécois, qui profite à tous.

 

« Les festivals sont de petites tornades », résume-t-il en s’y préparant intérieurement. Mais Cannes en est une grosse.

 

Luc Déry et Kim McCraw, de Micro_scope, tandem d’enfer, avaient produit Incendies de Denis Villeneuve, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, mais aussi Congorama du même cinéaste, qui avait clôturé la Quinzaine des réalisateurs en 2006.

 

Et de préciser mardi que le délégué de la Quinzaine des réalisateurs, en escale au Québec, en avait pincé pour Tu dors Nicole et son esthétique du noir et blanc. Ils l’ont choisi très vite sans attendre d’avoir planifié le reste de la sélection.

 

L’histoire est celle d’une jeune femme de 22 ans (Julianne Côté), qui entend passer l’été dans la maison des parents absents avec sa meilleure amie. Beau projet bousculé par l’arrivée de son frère (Marc-André Grondin) et de son groupe de bruyants musiciens.

 

« L’idée de tourner en noir et blanc n’est pas survenue à l’étape de l’écriture, mais elle a apporté au film un côté intemporel. » Pas trop de cellulaires et d’ordinateurs. L’humain avant les gadgets.

 

Stéphane Lafleur se fit fier de sa distribution et du groupe de musiciens. « J’ai mis Marc-André Grondin à la guitare, qui n’est pas son instrument, mais comme il disait : “ Si je peux faire croire que je suis Français, je peux les convaincre que je joue de la guitare.  »

 

Le cinéaste et ses producteurs savent que Cannes est l’occasion en or de faire des ventes à l’étranger. Et c’est tant mieux. Mais Stéphane Lafleur salue surtout sa chance de pouvoir travailler. « Trois films en sept ans, c’est immense pour le Québec », dit-il. Tu dors Nicole devrait sortir à l’automne chez nous, idéalement après arrêt au Festival de Toronto.

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Marie-Josée Saint-Pierre, dont le court métrage Jutra, coproduit à l’ONF, aura également les honneurs de la Quinzaine, salue la nouvelle avec une joie profonde.

 

Mêlant archives et séquences d’animation, son film brosse un portrait de Claude Jutra, le cinéaste d’À tout prendre et de Mon oncle Antoine. « J’ai trouvé des documents inédits, dit-elle. Jutra avait laissé des archives à la Cinémathèque, récupérées par l’ONF. On a transféré les négatifs et trouvé ses carnets de voyage avec Jean Rouch en Afrique, aussi des images de ses études en médecine. » Tout ça nourrit Jutra, accepté à l’unanimité par la Quinzaine. Et vogue la galère des Québécois sur les eaux cannoises !