Les surhommes du président

À l’heure où la NSA est sur la sellette pour ses écoutes électroniques abusives, la paranoïa a de nouveau la cote, ce que traduit à sa manière Capitaine America : le soldat de l’hiver.
Photo: Buena Vista À l’heure où la NSA est sur la sellette pour ses écoutes électroniques abusives, la paranoïa a de nouveau la cote, ce que traduit à sa manière Capitaine America : le soldat de l’hiver.

Rappel des faits : à la suite d’expérimentations scientifiques durant la Deuxième Guerre mondiale, le frêle Steve Rodgers devient le surhomme Capitaine America. Endormi dans la glace (littéralement) pendant 65 ans, Capitaine America est sorti de son cercueil polaire par une agence gouvernementale ultrasecrète : le S.H.I.E.L.D.

 

Réussi, le premier volet des aventures cinématographiques de Capitaine America, l’un des nombreux superhéros de l’écurie Marvel, offrait un divertissement à la fois léché et bon enfant. Les deux mêmes caractéristiques sont conjuguées dans le second, à la différence, notable, que le danger ne vient plus de l’étranger, mais de l’intérieur. À l’heure où la NSA est sur la sellette pour ses écoutes électroniques abusives, la paranoïa a de nouveau la cote, ce que traduit à sa manière Capitaine America : le soldat de l’hiver.

 

L’intrigue reprend là où le populaire Avengers : le film nous a laissés, c’est-à-dire de nos jours, alors que notre valeureux patriote d’hier vit une période d’ajustement aujourd’hui. Jadis en noir et blanc, la vision du monde de Capitaine America (Chris Evans, à l’aise) est en butte à une réalité désormais tout en nuances de gris. Habitué d’obéir aux ordres, le superhéros, arborant le drapeau américain en guise de costume, se trouve bien embêté lorsqu’il se rend compte qu’il ne peut plus se fier à personne, ni à sa collègue espionne Veuve noire (Scarlett Johansson, tonique), ni à ses supérieurs (Samuel L. Jackson, savoureux ; Robert Redford, on y reviendra).

 

C’est que, loin d’avoir été annihilée, la menace nazie d’antan s’est muée en quelque chose de plus pernicieux, de plus… tentaculaire : Hydre, une organisation dont les agents ont infiltré toutes les sphères du pouvoir, partout.

 

D’une nostalgie à l’autre

 

Ce développement permet un changement de cap intéressant. Ainsi, après avoir fait renaître les années 1940 dans l’opus numéro un, on ramène en force les années 1970 dans le numéro deux, du moins en ce qui concerne le ton, alors que l’intrigue effectue un virage du côté du thriller politique, un beau vestige cinématographique de l’ère Nixon et autre Watergate.

 

Loin de se prendre au sérieux pour autant, le film opte pour une saine distance satirique, laquelle est incarnée par nul autre que Robert Redford, protagoniste jadis d’oeuvres paranoïaques phares telles Les trois jours du Condor et Les hommes du président. Voir cet acteur très ouvertement de gauche, et de surcroît abonné aux rôles sympathiques, jouer un politicien fourbe aux visées totalitaires constitue en soi une bonne raison de voir le film.

 

Pour le reste, à l’instar de la précédente production, Capitaine America : le soldat de l’hiver donne aux amateurs de superhéros tout ce qu’ils sont en droit d’attendre : scènes d’action spectaculaires, rythme enlevé, effets spéciaux de pointe. Inattendues, les considérations sociopolitiques sous-jacentes se révèlent un bonus apprécié. Comme quoi la réflexion, même superficielle, n’est pas l’ennemi du divertissement.


 

Capitaine America : le soldat de l’hiver (V.f. Captain America : the winter soldier)

Réalisation : Anthony et Joe Russo. Scénario : Christopher Markus, Stephen McFeely. Avec Chris Evans, Scarlett Johansson, Samuel L. Jackson, Robert Redford, Anthony Mackie, Sebastian Stan, Jenny Agutter. Photo : Trent Opaloch. Montage : Jeffrey Ford. Musique : Henry Jackman. États-Unis, 2014, 136 minutes.

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