Pierre Goupil, par-delà les nuages

Le cinéaste Pierre Goupil
Photo: Office national du film Le cinéaste Pierre Goupil

Avec ce titre tiré d’un vers mélancolique de Rutebeuf, Pierre Goupil, cinéaste de Celui qui voit les heures (1985), sur les hauts et les bas d’un créateur sans le sou, revient sur le devant de la scène. Lui que des problèmes de santé mentale avaient maintenu longtemps hors circuit devient ici sujet du documentaire. Le parallèle tracé entre sa trajectoire souvent chaotique et la crise étudiante qui bat son plein au dehors est bien trouvé. Car c’est de dissidence dont il est question : celle de ceux qui n’entrent pas dans le moule : artistes, manifestants, itinérants, rejetés du système.

 

Pierre Goupil, grand lecteur, esprit libre mais fragile, se livre sans fard à la caméra comme à ses amis et proches : sa mère, le chef opérateur Michel La Veaux, les cinéastes Robert Brouillette et Jacques Leduc, etc. Mais il le fait à travers le mouvement de sa vie, qui en donne au film ; évincé de son appartement, il déménage en quittant les lieux qu’il aimait ainsi que sa vieille chatte et compagne Cocotte, mais traîne ses livres et ne remise jamais son militantisme d’éternel rebelle.

 

Le film aborde la bipolarité vécue de l’intérieur, car Pierre Goupil, médicamenté à vie, a connu des épisodes psychotiques et les évoque avec simplicité, alors qu’il s’était cru envahi par les fourmis et que les policiers sont venus le cueillir. Direction : hôpital. Il aborde aussi les années où il vendait le journal L’Itinéraire pour se donner une chance. Mais les amis fidèles demeurent à ses côtés et, au cours du printemps des carrés rouges, alors que son copain musicien Serge Lavoie se fait tabasser par le matricule 728 en une scène devenue célèbre, ça bouge en la demeure. L’incursion de Pierre Goupil chez sa mère à Noël est l’occasion d’évoquer l’enfance du cinéaste, alors que, très malade, il vécut un temps sous cloche de verre sans pouvoir toucher aux autres, d’où sa vibrante intériorité.

 

Ce portrait délicat, généreux, qui fait aussi rimer bipolarité avec créativité, constitue une invitation à découvrir la richesse de la différence, surtout quand elle se marie comme ici avec la plus merveilleuse solidarité. Le film est un objet pétri de vie et d’humanité, bien monté par Michel Giroux. À souligner : la musique de Jos Guitare qui change de style pour s’adapter à chaque scène en une diversité aussi dynamique que stimulante.
 

Il ventait devant ma porte par Rénald Bellemare et par Pierre Goupil, Office national du film du Canada

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Il ventait devant ma porte

Réalisation : Pierre Goupil, Rénald Bellemare. Image : Rénald Bellemare. Montage : Michel Giroux. Musique : Jos Guitare. Québec, 2014, 75 minutes.