Trois voix révolutionnaires ressuscitées

Des figures de la Beat Generation : Bob Donlon, Neal Cassady, Allen Ginsberg, Robert Lavigne et Lawrence Ferlinghetti.
Photo: Source Fifa Des figures de la Beat Generation : Bob Donlon, Neal Cassady, Allen Ginsberg, Robert Lavigne et Lawrence Ferlinghetti.

L’amitié qui lia, à New York puis à San Francisco, les trois ténors littéraires de la Beat Generation Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs demeure mythique. Leurs oeuvres cultes : Sur la route de Kerouac, Howl (Hurlement) de Ginsberg et Le festin nu de Burroughs, ont enfanté la contre-culture. La Beat Generation allait engendrer une décennie et des poussières plus tard le mouvement hippie et permettre à une jeunesse américaine de fleurir ou, en colère, de briser tous les carcans.

 

Le Français Xavier Villetard, avec un film tissé de documents d’archives, ressuscite ces trois voix magistrales de la littérature, qui se sont mutuellement influencées. Beat Generation — Jack Kerouac, Allen Ginsberg William Burroughs est présenté à Montréal dans le cadre du Festival international du film sur l’art.

 

S’y retrouvent pour notre plus grand plaisir des extraits de la célèbre entrevue de Jack Kerouac par Fernand Séguin, le 7 mars 1967 au Sel de la semaine, sur les ondes de Radio-Canada, où l’auteur de Sur la route, né au Massachusetts de parents québécois, se confie deux ans avant sa mort, dans un français joualisant, qui émeut jusqu’au coeur. Il demeura le Ti-Jean de son enfance et fera graver sur sa pierre tombale, ce surnom à côté du nom qui fit sa gloire. Pour Kerouac, comme pour Burroughs, son aîné, les termes « beat generation » et « beatniks » ne signifiaient pas grand-chose. N’étant grégaires ni l’un ni l’autre, Kerouac, parti par monts et vaux, et Burroughs, héroïnomane transplanté à Tanger, n’avaient cure de faire école. Seul Ginsberg participera aux révolutions collectives. On le verra d’ailleurs ici aux côtés de Timothy Leary, de Bob Dylan, etc.

 

Mais les trois amis se retrouvent d’abord sur les lieux de leurs premiers engagements : New York, San Francisco, où Howl allait être un cri poétique jeté à la face du monde, mais aussi le Mexique. Place au fameux papier enroulé où Sur la route fut rédigé d’un seul tenant en état de transe par son auteur. À Tanger, Kerouac et Ginsberg vont visiter Burroughs. Kerouac trouva le titre du Festin nu et servit de secrétaire à son hôte pour ce roman halluciné et génial. À Paris, ils chercheront ensemble d’autres raffinements et libérations, tant les États-Unis et ses interdits sous le maccarthysme leur puaient encore au nez. Ginsberg et Burroughs, homosexuels, devaient fuir ou lutter. Kerouac était un Québécois errant, déraciné de sa propre histoire.

 

Ce documentaire nous ramène aux sources d’immenses jaillissements littéraires, collés à des modes de vie marginaux, la drogue et la libération sexuelle, auxquels ces trois révolutionnaires ont ouvert à travers l’art une voie royale en faisant aussi l’histoire.

Beat Generation — Jack Kerouac, Allen Ginsberg William Burroughs

Un film réalisé par Xavier Villetard. Présenté mercredi 26 mars à 18 h 30, à la Grande Bibliothèque et samedi 29 mars à 21 h, à l’Université Concordia.

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