Le tragique et le trivial

Autoportrait sans moi est une courtepointe de témoignages, filmés en confessions minimalistes.
Photo: Source ONF Autoportrait sans moi est une courtepointe de témoignages, filmés en confessions minimalistes.

Avec Autoportrait sans moi, Danic Champoux (Mon père, Séances) pratique un artisanat cinématographique qui ressemble à une courtepointe : une suite de motifs étalés sur une immense couverture, de dimensions variables mais tous confinés dans le même périmètre. Aucun élément n’apparaît plus important que l’autre, s’étalant dans un déroulement continu.

 

C’est d’abord la simplicité de la technique qui saute aux yeux devant ce florilège impressionnant de témoignages, certains poignants et d’autres aussi anecdotiques qu’une discussion de taverne. Toutes les personnes conviées à ce drôle d’exercice de type « propos et confidences » sont confortablement (?) installées sur un tabouret, placées au centre d’un espace blanc et totalement dénudé, obligeant vite le spectateur à se concentrer sur la seule chose importante de ce film : le facteur humain.

 

Cadrés tout au centre de l’image, observés de manière quasi statique — la caméra effectue quelques mouvements si discrets qu’ils semblent imperceptibles —, les protagonistes, environ une cinquantaine, défilent tour à tour comme s’ils étaient dans une sorte de confessionnal laïque. Ils ne cherchent pas à laver leurs fautes, mais à se raconter, le plus souvent de manière franche, détaillée, ou d’une façon quelque peu erratique, certains se demandant peut-être ce qu’ils font entre les quatre murs de ce studio.

 

Ont-ils accompli quelque exploit olympique ou relevé des défis impossibles pour attirer l’attention de Danic Champoux ? C’est plutôt le contraire : mères de famille insatisfaites ou débordées, rebelles tatoués, jeunes filles en fleur ou en thérapie, suicidaires en puissance ou en voie de rémission, coeurs solitaires ou effrayés par la perspective de l’engagement, ces personnages s’affichent fièrement dans toute leur banalité.

 

Il n’y a bien sûr rien d’anodin à entendre les confessions d’une belle jeune femme sur ses rituels d’automutilation ou encore le récit saugrenu d’un punk de banlieue crachant son fiel sur un entourage jugé trop conformiste. Ces morceaux choisis apparaissent quasi spectaculaires entre deux histoires consensuelles et rassurantes sur des animaux domestiques ou un coup de foudre dans un avion faisant la liaison Paris-Montréal.

 

Cette mosaïque bigarrée ne prétend pas être autre chose que cela : à l’image des faits divers qui ne nécessitent aucune connaissance préalable pour les comprendre, ces héros du quotidien débarquent sur l’écran sans crier gare et en ressortent aussi rapidement, laissant derrière eux une tranche de vie qui, assortie aux autres, offre une vision du monde aussi tragique que triviale. Le parti pris de Danic Champoux affiche vite ses limites, mais le cinéaste cherche constamment à tirer le meilleur de cet exercice de style à caractère anthropologique. Même lorsqu’il est question d’extraterrestres…

Collaborateur

Autoportrait sans moi

Réalisation et scénario : Danic Champoux. Image : Jean-Pierre St-Louis. Montage : René Roberge. Québec, 2013, 98 minutes.

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