Comme un sou neuf

Raphaël Personnaz et Thierry Lhermitte dans Quai d’Orsay.
Photo: Axia Films Raphaël Personnaz et Thierry Lhermitte dans Quai d’Orsay.

On ne peut qu’admirer un cinéaste de 72 ans, en l’occurrence Bertrand Tavernier, qui choisit de sortir de sa zone de confort pour aborder un genre nouveau, à savoir la satire politique. Surtout lorsqu’on constate que, nonobstant quelques bémols, l’effort en valait la chandelle.

 

Inspiré de la bande dessinée éponyme d’Abel Lanzac et Christophe Blain, Quai d’Orsay, son 22e long métrage de fiction en carrière, crépite en effet sous les bons mots et brille comme un sou neuf. Qu’importe après tout si, par moments, on sent la main lourde du cinéaste devant le poids d’un défi inédit chez lui : la légèreté.

 

« Responsabilité, unité, efficacité. » C’est là le mantra du ministre des Affaires étrangères joué par Thierry Lhermitte dans ce concert de chambre joué entre les murs et sous les plafonds hauts du Quai d’Orsay, qui abrite le ministère des Affaires étrangères à Paris. Ça semble aussi être la leçon retenue par Tavernier dans sa réalisation efficace de ce film grouillant de monde et « taillé à la serpe », focalisé sur le point de vue d’Arthur Vlaminck (Raphaël Personnaz), un idéaliste de gauche fraîchement sorti de l’École d’administration publique. On lui offre un poste inespéré : responsable « du langage », c’est-à-dire rédacteur des discours du politicien à la tignasse argentée, qui tire à hue et à dia, à gauche et à droite, à tort et à travers, mais qui, à la onzième heure, vise juste chaque fois. Un bouffon de génie, en somme, calqué, dit-on, sur l’ex-premier ministre dans le gouvernement de Jacques Chirac, Dominique de Villepin.

 

Quai d’Orsay, c’est l’odyssée initiatique d’un candide moderne dans les couloirs minés d’un ministère où les intérêts des uns et des autres se percutent, où l’illusion de l’unité et du front commun ne s’obtient qu’au prix d’efforts considérables. Notamment de ceux fournis par le directeur du cabinet, vieux sage un brin pervers, joué à la perfection par Niels Arestrup (lauréat du César du meilleur second rôle), qui émerge de ses siestes avec des solutions à tous les problèmes.

 

Arestrup constitue la force lunaire du ministre solaire que Lhermitte prend un plaisir immense à jouer. Pas dans la nuance, mais dans le mouvement ; du reste, le personnage plus grand que nature et rapide comme son ombre imprime son mouvement à tout le film, dès qu’il entre dans une pièce fait voler au vent les feuilles empilées sur les bureaux (procédé bédéesque dont Tavernier abuse). Il incarne le triomphe de la pensée sur la bureaucratie, même si Vlaminck, notre guide dans ce labyrinthe politique, met beaucoup de temps à le comprendre. Et nous avec lui.

Collaborateur
 

Quai d’Orsay

Réalisation : Bertrand Tavernier. Avec Raphaël Personnaz, Thierry Lhermitte, Niels Arestrup. Bruno Raffaelli, Julie Gayet, Anaïs Demoustier. Scénario : Christophe Blain, Abel Lanzac, d’après leur bande dessinée. Image : Jérôme Alméras. Montage : Guy Lecorne. Musique : Bertrand Burgalat. France, 2013, 114 minutes.

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