Le retour de Pierre Goupil

Michel Giroux, Pierre Goupil, Serge Lavoie et Rénald Bellemare parlent du film qui les a réunis.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Michel Giroux, Pierre Goupil, Serge Lavoie et Rénald Bellemare parlent du film qui les a réunis.

Ils étaient quatre compagnons mardi matin à la Résidence du parc Jarry. Pierre Goupil, en rééducation après un accident d’auto qui l’a blessé à la jambe, et son coréalisateur Rénald Bellemare. Ajoutez le monteur Michel Giroux et Serge Lavoie à la musique. Des amis ensemble, à la veille du jour J. Car ce mercredi, aux Rendez-vous du cinéma québécois, à 19 h 30 au pavillon Judith-Jasmin, place à la grande première du film Et il ventait devant ma porte,qui emprunte son titre au vers de Rutebeuf. Une fête ! Puis le film prendra l’affiche à Excentris le 4 avril.

 

Pierre Goupil était déjà un cinéaste indépendant dans le Québec bouillonnant des années 1970 et 1980. Il fait dans l’autofiction, tel le court métrage Robert N. En 1985, son film Celui qui voit les heures, sur le cinéma et les difficultés d’un cinéaste aussi pauvre en argent que riche de projets, était une oeuvre sensible et avec une sensibilité unique. Suivit en 2000 La vérité est un mensonge, à travers héros réels et fictifs, des femmes généreuses, une vie à vivre et à reconstruire. Ce grand lecteur vit beaucoup en lui-même, éternel militant aussi, qui porte haut la cause du cinéma indépendant québécois.

 

« Je fais un film tous les dix ans, dit Pierre Goupil. Avec l’autofiction, il faut prendre le temps de vivre entre les tournages. Ce film-là, je le voulais plus documentaire et j’ai demandé à Rénald, qui s’y connaît, de le faire avec moi. Il s’occupait de la caméra et a pris le contrôle de bien des opérations. » On devait entre autres à Rénald Bellemare le documentaire primé aux Gémeaux La Bottine souriante, comme des démons.

 

Et il ventait devant ma porte,produit par l’ONF, suit Pierre Goupil à travers sa maladie. Il est bipolaire et s’en ouvre à la caméra. Il a passé des bouts hors du chemin commun, chaos intérieur répondant à la rumeur des casseroles et des échauffourées, car c’est le printemps étudiant.

 

« Pierre avait besoin de prendre la parole, dit Rénald Bellemare. Je suis arrivé avec une caméra. Il a parlé. Ça coulait de source. » Ils se connaissaient depuis longtemps. Le film porte aussi sur l’amitié masculine.

 

Pierre Goupil assure qu’il n’a jamais vraiment cessé d’écrire. « Ce projet-là était en ébullition sur ma table. J’ai mis l’accent sur l’aboutissement d’un épisode malheureux de psychose, sachant que j’allais vers un mieux-être. Thérapeutique, l’art ? Mets-en ! Avec un crayon, du papier, la tête, la main qui tient le crayon, on peut aller loin. »

 

Dédramatiser pour les autres

 

Dans le film, Pierre Goupil raconte comment il s’est pris à un moment donné pour un homme-fourmi. Il courait nu dans le parc. Et puis on voit son déménagement, car son propriétaire l’a expulsé, mais ses amis l’aident, placent les livres dans la bibliothèque avec soin. « J’ai voulu aborder le sujet avec honnêteté, simplicité, en progressant dans ma connaissance de cette maladie-là, dit Goupil. En parler, c’est une façon de dédramatiser la bipolarité pour les autres aussi », poursuit Rénald Bellemare.

 

Les dialogues avec sa mère, ses amis, entre autres le directeur photo Michel La Veaux, le cinéaste Jacques Leduc, le réalisateur producteur Richard Brouillette, la cinéaste actrice Paule Baillargeon, Serge Lavoie, le musicien qui s’était fait cogner dessus lors de la fameuse altercation avec la policière matricule 728 (on en revoit les images). Lui et ses comparses la poursuivent en justice. « J’avais des lunettes rouges avant. Elle me les a cassées », dit-il.

 

Le monteur Michel Giroux affirme s’être concentré sur le parallèle entre la maladie d’une personne et les soubresauts dehors. « Je vois Pierre Goupil comme un artiste qui pose un regard différent sur une société en remise en question. »

 

Il y a tellement d’entraide dans ce film-là. On écoute Serge Lavoie raconter son tourbillon de l’assaut de la policière, et sa joie d’avoir travaillé dans les studios de l’ONF, plein confort, où il n’avait qu’à se concentrer sur sa musique. Toute l’amitié injectée dans Et il ventait devant ma porte souffle sur la pièce de notre rencontre, sur tout le film aussi.

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