Les racines québécoises de l’Amérique

Le documentaire de Bruno Boulianne Un rêve américain fait rouler le musicien-chanteur franco-ontarien Damien Robitaille (sur la photo) de la Nouvelle-Angleterre à la Californie.
Photo: Rendez-vous du cinéma québécois Le documentaire de Bruno Boulianne Un rêve américain fait rouler le musicien-chanteur franco-ontarien Damien Robitaille (sur la photo) de la Nouvelle-Angleterre à la Californie.

Sur les routes américaines, entre chemins de terre et autoroutes, défile une autre carte des États-Unis. Celle des toponymes francophones qui la parsèment (5000 noms de lieux), alors que des descendants de Québécois installés là-bas depuis plusieurs générations, aux patronymes parfois déformés ou traduits — Boisvert en Greenwood, Lévesque en Bishop —, plus ou moins assimilés, sont encore là, comme chênes plantés.

 

Projeté en première ce dimanche aux Rendez-vous du cinéma québécois à la Cinémathèque avec soirée chantée dite Le bouillon à Damien, le documentaire de Bruno Boulianne Un rêve américain fait rouler le musicien-chanteur franco-ontarien Damien Robitaille de la Nouvelle-Angleterre à la Californie, en quête des racines francophones du pays. Dans le film, le terme « Québécois » n’est pas utilisé, mais celui plus générique de « Canadien français ».

 

« Tous mes films ont un rapport avec le territoire, mais c’est mon premier road movie », déclare Bruno Boulianne. Le documentariste d’Un cirque sur le fleuve, à travers un film comme Bull’s Eye, un peintre à l’affût, sur le peintre chasseur Marc Séguin, avec caméra en forêt, interrogeait la terre qui parle.

 

L’initiative est celle du scénariste Claude Godbout, connu aussi pour sa carrière de producteur, monteur, acteur (il campa le héros masculin du Chat dans le sac de Gilles Groulx, en 1964). « Claude avait cette volonté d’explorer l’américanité au sens large du terme », explique le cinéaste. Leur choix du conducteur s’est porté sur Damien Robitaille : « Parce qu’il est franco-ontarien et a failli perdre son français. On cherchait aussi quelqu’un qui apprenne à travers son parcours. »

 

En filigrane se découpent les vagues successives d’immigrants québécois, l’exode jusqu’aux années 1930 vers les filatures de coton en Nouvelle-Angleterre, précédé des ruées vers l’or, plus loin encore de l’occupation du pays par les francophones avant l’arrivée des Britanniques.

 

Si l’héritage amérindien est trop escamoté dans le film, malgré les origines métissses de Damien Robitaille et de plusieurs Franco-Américains qu’il interviewe, ces rencontres passionnantes, ici et là répétitives, de personnes, âgées en général, jeunes parfois, qui parlent encore ou pas la langue de leurs ancêtres, mais utilisent un four à pain, ou connaissent leur généalogie par coeur, élargissent nos frontières.

 

On découvre que Paul Bunyan, héros américain bûcheron et fort comme un boeuf, trônant en statue avec chemise à carreaux, est inspiré d’un Québécois baraqué devenu patron de chantier dans l’Oregon. « Et son nom déformé viendrait de “ Bon Jean ” ou du patois “ bonyenne ”. »

 

Le cinéaste craint que le film soit perçu comme une métaphore de la perte du français en Amérique. « Le français est déjà à peu près disparu aux États-Unis. Nous cherchions plutôt les traces d’une culture. » Mais là où il croyait ne trouver que des descendants de Québécois exploités, d’autres avaient fait fortune ou furent de fiers cow-boys, d’heureux chercheurs d’or ou de grands coureurs des bois.

 

« À ma surprise, j’ai découvert que de façon symbolique, on a participé à quelque chose de plus grand que nous : la construction réelle du continent d’Amérique du Nord », conclut Bruno Boulianne.

 

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