Voyage au bout de soi-même

François Méthé, publiciste, directeur de vidéoclips, documentariste de courts métrages et de téléséries, réalise à travers Hors combat son premier long métrage, qu’il espère voir ensuite prendre la route des festivals.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir François Méthé, publiciste, directeur de vidéoclips, documentariste de courts métrages et de téléséries, réalise à travers Hors combat son premier long métrage, qu’il espère voir ensuite prendre la route des festivals.

Alors que le documentaire sur Georges St-Pierre, champion du monde des arts martiaux mixtes, appelés vulgairement combats extrêmes, GSP : l’ADN d’un champion, hagiographie du pugiliste,prend l’affiche en salles, ce sport qui rime souvent avec grande violence et cassage de gueule en tous genres, prend la lumière. Belle occasion d’aller voir un autre documentaire sur le sujet, suivant des jeunes qui s’entraînent au Québec pour ce sport devenu passion de leur vie.

 

Hors combat est signé François Méthé et sera présenté aux Rendez-vous du cinéma québécois ce vendredi, 20 h 30 à la Grande Bibliothèque. Du moins pour sa version intégrale de 83 minutes. Car Télé-Québec le diffusera lundi soir, en 52 minutes, à travers sa case Questions de société.

 

François Méthé, publiciste, directeur de vidéoclips, documentariste de courts métrages et de téléséries, réalise à travers lui son premier long métrage, qu’il espère voir ensuite prendre la route des festivals. « J’avais le goût d’aller jusqu’au bout avec ce film », dit le cinéaste.

 

Mais pourquoi les combats extrêmes ? « C’est un sport populaire auprès des jeunes, dit-il. En 2013, 72 galas d’arts martiaux mixtes se sont tenus au Québec. Et puis, je m’intéressais à Georges St-Pierre, un personnage qui prend de la place. Et quand on est curieux, de fil en aiguille… » Sans s’entraîner lui-même, François Méthé trouve le sport cinématographiquement très dramatique, par sa structure qui tient en haleine de l’entraînement au combat.

 

Il a d’abord rencontré un professionnel québécois, Jonathan Goulet, membre de la ligue internationale UFC. « J’avais en moi le cliché des grosses brutes qui canalisent leur violence dans le combat, mais Jonathan était un doux sympathique qui m’a mis en contact avec des organisateurs de combats amateurs. »

 

Il a suivi huit jeunes combattants au départ, puis quatre, les plus prometteurs, tous poids légers, charismatiques aussi. Ses héros s’appellent Jeremy Mcnamara, Steven Généreux, Charles C. Hupperetz et Miky Houle. Ils sont jeunes. Ils se battent. Ils n’ont pas des gueules de tueurs, mais souvent des blessures anciennes à surmonter. Leurs proches les encouragent. Ils viennent de Saint-Lambert, Drummondville, Joliette, Laval. « Plusieurs galas d’arts martiaux mixtes se déroulent hors Montréal, dont Kahnawake, un centre important. Ça se passe dans une salle des Chevaliers de Colomb, au Pavillon de l’agriculture de Chicoutimi, dans un gym, etc. Même si certains les font remonter aux Grecs anciens, les combats extrêmes n’ont qu’une vingtaine d’années, et demandent un meilleur encadrement. Chez les professionnels, tous les coups sont permis, mais les amateurs n’ont droit ni aux coups de genou ni aux coups de coude. Ils portent des gants et sont mieux protégés. Seul le dernier combat que j’ai filmé est d’ordre professionnel. »

 

Le cinéaste a voulu se pencher non seulement sur les pugilistes, mais sur les émotions des spectateurs, avec parfois jusqu’à cinq caméras, captant aussi des moments du quotidien, avec pères, mères, amis. « Il y a toute une philosophie derrière ce sport, comme Steven Généreux qui avoue “aimer en manger et en donner” ». Le spectacle, oui, les coups également, et une discipline de fer.

 

Le cinéaste les a suivis durant trois ans. Une scène hors combat à Lac-Mégantic se révèle particulièrement troublante ; chicane d’entraîneurs qui en viennent aux coups à la suite d’un désaccord.

 

La musique du film vibre beaucoup au son du violoncelle, ajoutant une poésie à cet univers rude. « La musique apporte un autre point de vue que celui du milieu qu’on voit à l’écran, mais elle est aussi une interprétation de ce que les combattants pensent », estime le cinéaste.

 

François Méthé caresse un autre projet de documentaire en milieu sportif : l’univers Ironman, long format de triathlon. « Je ne m’intéresse pas aux champions, plutôt à ceux qui arrivent en dernier, mais remportent une victoire sur eux-mêmes. Je suis allé à la rencontre d’un alcoolique, d’un héroïnomane, d’un obèse, d’un homme au sortir d’un burn-out. Tous ont décidé de faire le circuit Ironman, comme d’autres font le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, pour aller au bout d’eux-mêmes. »