Miraculum, entre choix et destin

Miraculum est à cheval entre l’œuvre d’auteur et la production populaire, selon Podz.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Miraculum est à cheval entre l’œuvre d’auteur et la production populaire, selon Podz.

Son film ouvrira ce jeudi soir les Rendez-vous du cinéma québécois et Podz, alias Daniel Grou, en savourera le privilège. Bien sûr, lancer le bal du festival de films québécois servira de tremplin à son Miraculum — qui sort en salles dans sa foulée le 28 février. Personne ne crache là dessus, mais sa hâte est ailleurs : « Je trouve ça cool d’être là dans ce moment charnière de notre cinéma », dit-il. Il a l’air cool lui-même, et ses interprètes approuvent.

 

À chaque cinéaste, ses méthodes. Podz dit posséder son idée d’avance sur une scène, mais laisse ses interprètes l’improviser d’abord à leur manière : « Ensuite je peux intégrer leurs propositions intéressantes. » Les acteurs se sentent écoutés.

 

Miraculum, Podz le déclare à cheval entre l’oeuvre d’auteur et la production populaire. Pas trop pointu ; d’où son optimisme pour sa carrière au grand écran. Le cinéaste voit bien que les nouvelles plateformes concurrencent les salles, que le grand public déserte plusieurs types de films. Tout bouge, prêts pas prêts, dans le milieu, pour le séisme. Il espère que les Rendez-vous seront une tribune de remue-méninges. Ça le stimule aussi.

 

Oeuvre chorale

 

Podz, enfant chéri de la télé avec des séries comme 19-2 et Minuit le soir, aime le cinéma, où il s’est collé au huis clos dans 10 1/2 et Les sept jours du talion. Le cinéaste nous livre cette fois une oeuvre chorale ambitieuse et fort habile, scénarisée par Gabriel Sabourin, puis retravaillée à ses côtés. Podz vous dira que la multiplicité des personnages ne change pas grand-chose, puisque dans un film choral, chaque segment constitue un huis clos. Les courts métrages s’imbriquent ensuite et le montage donne le rythme. Délicate opération ! « La structure a changé au montage : complètement différente du scénario, mais plus conforme aux intentions premières de Gabriel Sabourin. »

 

De quoi s’agit-il ? À travers ces destins croisés montréalais, on rencontre des témoins de Jéhovah : une infirmière (Marilyn Castonguay) et un leucémique à qui sa religion interdit de recevoir des transfusions sanguines (Xavier Dolan). Ajoutez un couple à la dérive : Monsieur est un joueur compulsif (Robin Aubert), Madame une alcoolique (Anne Dorval). Surgit aussi un expatrié de retour au pays (Gabriel Sabourin) en transport de drogue pour aider financièrement sa fille. Quelque chose s’est passé entre eux jadis… Son frère (Jean-Nicolas Verreault), agent d’aéroport, élève sa nièce. Un barman (Julien Poulin) et une employée de stationnement (Louise Turcot) s’éprennent d’amour sur le tard, alors que le mari trompé (Gilbert Sicotte) se révèle le seul personnage vraiment lucide du lot. S’y colle un accident d’avion appelé à transformer la loterie des destins. La mort rôde.

 

« La mort est dans tous mes films, tranche Podz. Je fais partie des gens qui y pensent tous les jours. Tu finis dans ta tête tout seul à 4 h du matin. J’aimerais vivre 700 ans pour voir la suite du monde, mais un jour tout s’arrêtera. Il faut continuer à vivre malgré cette certitude. Miraculum est avant tout un film sur la vie, sur la foi, sur les choix de chacun. Un film qui dit : “ Pour le temps que tu as, fais les bons choix ”, sauf que mes personnages en sont généralement incapables. Chacun est accro à quelque chose, à la religion, au jeu, à l’alcool, à l’amour, sans être heureux pour autant. Le personnage principal, le témoin de Jéhovah incarné par Marilyn Castonguay, est celui qui décide d’exercer son libre arbite et transcende son destin. »

 

« Il s’agit de mon premier rapport à la mort, déclare Xavier Dolan (mise à part une fin brutale dans Martyrs de Pascal Laugier). À 24 ans, c’est un jeune âge pour se poser ce genre de questions. Surtout quand on est hypocondriaque dans la vie. D’autant plus que mon personnage de leucémique témoin de Jéhovah est aux prises avec un grave dilemme moral. Après une scène physique très éprouvante dans une maison où l’air circulait mal, je suis allé aux urgences pour recevoir de l’oxygène. Ensuite, j’ai compris que je m’étais complètement investi dans mon personnage, d’où l’étouffement. » Xavier Dolan est content que le public puisse évaluer cette année l’éventail de ses talents d’acteur dans trois films aux rôles aussi intenses que différents ; à travers son propre Tom à la Ferme, Miraculum de Podz, mais aussi Elephant Song de Charles Binamé.

 

Quant à Julien Poulin (le barman amoureux), il lance son chapeau à Gabriel Sabourin. « On voit bien que c’est un acteur qui a écrit le scénario. Il est généreux pour chacun d’entre nous. »

 

Expériences de vie

 

Grâce du débutant : Gabriel Sabourin, qui avait coécrit Amsterdam de Stefan Miljevic à six mains, en était avec Miraculum à la rédaction de son premier long métrage et assure que tout s’est enchaîné rondement ; de l’écriture à la proposition au producteur Pierre Even qui l’a présenté à Podz, lequel a dit oui tout de suite. Il a abordé le scénario comme un condensé des expériences de la vie. « Qu’est-ce que vivre, prendre des avions, enchaîner nos vies au destin ? Des gens ont tout pour être heureux et n’y parviennent pas. D’autres rencontrent l’amour alors qu’ils n’y croyaient plus, mais leur longue expérience de vie leur permet d’accepter le bonheur. Le film jongle avec les notions de tabous. Tout le monde veut aller vers l’interdit. »

 

Gabriel Sabourin joue l’expatrié. C’est lui qui a proposé à Podz Jean-Nicolas Verreault pour incarner son frère. Leur ressemblance physique crève l’écran. « En fait, il ressemble à mon vrai frère dans la vraie vie. » Ces détails-là ajoutent à la véracité d’un film. On croit en celui-ci.

 

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