Évoquer Kerouac sans le trahir

Big Sur invite le spectateur à s’imprégner de la prose et des atmosphères et de tirer ses propres conclusions sur Jack Kerouac.
Photo: Visit Films Big Sur invite le spectateur à s’imprégner de la prose et des atmosphères et de tirer ses propres conclusions sur Jack Kerouac.

Le Big Sur désigne un petit coin de paradis de la côte ouest, avec falaises, plages isolées et eaux turquoise. Big Sur est également le titre du dernier roman de Jack Kerouac, qui s’est inspiré de trois de ses séjours sur place pour l’écrire. Big Sur, c’est désormais aussi un film, une adaptation libre de l’oeuvre en question.

 

1962. La jeunesse américaine fantasme sur l’existence bohème que mène Jack Kerouac, auteur du best-seller Sur la route, autofiction avant la lettre relatant ses pérégrinations transaméricaines à l’âge de 26 ans. Pendant ce temps… « Je suis là, à presque 40 ans, las et désillusionné », dixit le père de la « Beat Generation ».

 

De crise existentielle en panne d’inspiration, Jack Kerouac (un Jean-Marc Barr méconnaissable et impressionnant) se retranche dans la cabane d’un ami poète. Isolé dans la nature, il pense, décompense. Une fois, deux fois, trois fois.

 

Fier de son succès, quoi qu’il en dise, mais paralysé par celui-ci, quoi qu’il écrive, l’homme erre, tantôt solitaire, tantôt grégaire. Et les beuveries de se succéder entre chantres de la beat et amis du verbe. Et les mots pensés, puis consignés, de se muer en logorrhée.

 

Orfèvre-cinéaste, Michael Polish est le coauteur, avec son frère jumeau Mark, des insolites et beaux Les frères Falls, sur le destin de frères siamois cherchant à renouer avec leur mère, et Northfork, récit choral impressionniste campé dans un hameau à la veille d’être submergé par un barrage. Il signe seul le scénario et la mise en scène, superbe, de Big Sur, une proposition de la continuité.

Contrairement à l’adaptation jolie mais creuse de Sur la route dont accoucha Walter Salles en 2012, son Big Sur évoque Jack Kerouac sans l’expliquer. Au spectateur de s’imprégner de la prose, des situations et surtout des atmosphères, puis d’en tirer ses propres conclusions. Entre essai et docufiction, Michael Polish privilégie un langage cinématographique décloisonné. Un choix conséquent, au final, puisqu’il est des géants qui ne souffrent pas qu’on tente de les mettre en boîte.
 

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