Conte d’amour raté

À ne pas confondre avec la pièce de William Shakespeare du même nom. Cette comédie romantico-fantastique américaine, dans laquelle le scénariste Akiva Goldsman (A Beautiful Mind) fait ses premiers pas de cinéaste, est franchement mauvaise. Bien qu’elle soit sortie à la Saint-Valentin pour rallier les amoureux, on conseille plutôt à ces derniers d’aller boire du champagne dans un ailleurs meilleur. D’ailleurs, le film semble s’adresser davantage aux enfants, à travers ce conte de fées raté.

 

Échevelée, en panne de structure, cette production ambitieuse qui couvre un siècle avec l’amour éternel dans sa ligne de mire, et le combat du bien contre le mal pour ajouter une note chrétienne à l’affaire, irrite de bout en bout. Surtout avec les moyens dont elle a disposé et son armada de vedettes, certaines ne faisant que des apparitions éclair. Au moment de prendre le public pour des valises, l’équipe a dit : présente !

 

À New York, le pauvre Colin Farrell incarne un cambrioleur devenu le dernier amant romantique. Jadis recruté par les forces du mal (Russell Crowe joue son ancien mentor, un méchant démon balafré), il se voit sauvé par l’amour d’une dame aux camélias, belle rouquine tuberculeuse qui se prépare à la mort en jouant mélancoliquement du piano (Jessica Brown Findlay, vue dans Downton Abbey). Le fantastique, un cheval blanc de type Pégase qui s’envole avec le cavalier et ses amis, surgit à chaque tournant en semblant s’être trompé de film. Car les tons ne se mélangent jamais. Et l’humour manque cruellement au rendez-vous.

 

Il y a de La belle au bois dormant au menu avec la petite soeur de l’héroïne jouant les mignonnes aux yeux purs et un riche manoir où vit l’élégante malade, aimée par le truand devenu ange. Le gros de l’histoire se déroule au début du XXe siècle, sur fond de tragédie d’amour sur neige. Roméo et Juliette soupirent en fond de scène. Puis nous voilà catapultés à notre époque avec un héros amnésique qui n’a pas vieilli et aime le fantôme d’une dame inconnue, rousse, comme il se doit. Caleb Deschanel a tenté de soigner l’image, mais ces effets spéciaux impossibles les nourrissent de ridicule.

 

Ce scénario en tous points invraisemblable, ces voyages dans le temps mal fignolés et ces niveaux de jeu, tantôt mièvres (Colin Farrell, Jessica Brown Findlay), tantôt outranciers (Russell Crowe et William Hurt en papa de la rousse héroïne) n’arrangent pas le portrait d’ensemble. Will Smith aurait pu nous plaire en Lucifer ironique, mais il est seul à fréquenter le second degré. Ajoutez la musique en nappe de sirop, le montage à la va-comme-je-te-pousse, le dénouement ivre de bonnes intentions. Un mot résume l’aventure : navet.
 

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