De Pagnol à Chuck Jones

Le coq de St-Victor est un film d’animation campé dans un décor fortement inspiré de Charlevoix.
Photo: Équinoxe Films Le coq de St-Victor est un film d’animation campé dans un décor fortement inspiré de Charlevoix.

Saint-Sauveur — Saint-Victor est un petit village d’autrefois aux allures idylliques. Érigée au centre de la grand-place, l’église domine commerces et maisonnettes agglutinés autour. Or, sous la surface bucolique, la colère gronde. En effet, de la boulangère au charpentier en passant par le meunier, les habitants en ont assez de se faire réveiller avant l’aube par le coq de monsieur le maire. Après avoir failli finir en coq au vin, le volatile aboutira dans le hameau voisin. Problème réglé ? Loin de là !

 

Produit par la boîte 10e Ave Productions (La légende de Sarila), Le coq de St-Victor est basé sur le roman Le coq de San Vito. « Johanne Mercier, l’auteure, est ma conjointe, explique le réalisateur Pierre Greco. Un jour, je racontais à Nancy Florence Savard [cofondatrice de 10e Ave Productions] que le roman de Johanne venait de retourner sous presse et qu’on en était très contents… » Et la productrice de s’enquérir de l’histoire.

 

« J’ai tout de suite pensé que c’était le point de départ idéal pour le premier long métrage de Pierre, se souvient Nancy Florence Savard. On collabore depuis longtemps, notamment sur la série animée W [sur les péripéties d’un jeune naufragé incapable de quitter son île], qu’on a vendue dans trente pays […]. C’est le modèle qu’on privilégie : quatre ou cinq cinéastes qui font chacun leurs classes avec trois courts métrages au moins et qui passent ensuite au long. Pierre était rendu là. »

 

D’emblée, Pierre Greco établit ses influences principales, un mélange pour le moins surprenant : Marcel Pagnol pour le fond et Chuck Jones pour la forme. « Les films originaux de Pagnol, comme Cigalon, possèdent un charme unique, confie-t-il. Johanne s’était inspirée de son univers. D’ailleurs, son roman était très elliptique, de telle sorte qu’en scénarisant le film tous les deux, nous avons dû combler quelques ellipses. Ici, la tâche consistait à ajouter sans trahir […] Quant au graphisme, j’aime les “cartoons”, ceux de Warner Bros. en général et de Chuck Jones en particulier [Looney Tunes]. La manière est très “slapstick”. C’est un humour à la fois très visuel et très fantaisiste. C’est ce que je voulais insuffler au film. »


Si loin, si proche

 

Et comment Le coq de San Vito, situé en Italie, s’est-il mué en Coq de St-Victor, P.Q. ? « Je trouvais important de camper l’action chez nous, avoue Nancy Florence Savard. L’animation est un genre qui s’exporte beaucoup et je nous vois un peu comme des ambassadeurs. Si vous regardez bien, vous allez vous apercevoir que le paysage est fortement inspiré par celui de Charlevoix — Saint-Aimé-des-Lacs, d’où viennent les grands-parents de Pierre, et Saint-Irénée, que j’adore. Pour le village, on a emprunté à la place Royale de Québec, et on a même incorporé des maisons de grands bâtisseurs, comme celle d’Alphonse Desjardins. Ce sont des clins d’oeil, mais des clins d’oeil qui participent d’une approche concertée. Le Québec peut être très exotique. »

 

Le coq de St-Victor sera présenté en première dimanche en ouverture du Festival international du film pour enfants de Montréal avant de prendre l’affiche le 21 février prochain.

 


Cette entrevue a été réalisée dans le cadre de Ciné Québec à l’invitation d’Équinox Films.