Confirmation berlinoise pour Jean-François Caissy

Berlin — « Le sujet, c’est juste un terrain de jeu », relativise le documentariste québécois Jean-François Caissy (La belle visite) à la veille de la projection au Forum de son nouveau film, La marche à suivre, dans le cadre de la 64e Berlinale.

Durant plus d’un an, à raison d’une soixantaine de jours de tournage, Caissy a capté la vie de l’école secondaire gaspésienne qu’il a lui-même fréquentée. Son film, tout en tendresse retenue, se divise entre des instants intimes, montrant des jeunes en conseil de discipline auprès du directeur ou d’autres intervenants de l’école, et des moments plus poétiques, plus photographiques aussi (Caissy est à la base photographe), dans lesquels le cinéaste observe en plan large, souvent en plongée, les adolescents absorbés dans des actions qui évoquent autant les enfants qu’ils ont été que les adultes qu’ils sont en train de devenir.

L’alternance micro-macro produit un effet berçant, qui rend bien l’hésitation et l’inconstance de l’adolescence, stade parfois difficile où l’avenir refuse obstinément de dévoiler ses secrets. « Le film ne fait pas le portrait d’un groupe d’individus, précise Caissy. Il fait plutôt le portrait d’une génération, à travers une alternance de moments très intimes, où on entre en contact avec les individus, et d’autres plus larges, sans paroles, qui agissent comme des respirations. »

Le projet de La marche à suivre a mis du temps à s’imposer au cinéaste. Des recherches et repérages sur la Côte-Nord et en Abitibi ne lui ont pas donné l’impulsion qu’il recherchait. Il lui a fallu une visite dans son école d’autrefois pour que se déclenche le processus de création : « La couleur des murs était la même, je respirais la même odeur qu’autrefois, j’entendais les mêmes sons. Ça me parlait. » Du coup, le cadre a imposé le sujet : l’adolescence ordinaire. « Je ne voulais pas faire un film intense sur les problèmes des jeunes. Les enjeux qui sont abordés dans le film — intimidation, drogue, etc. —, tout le monde y a été confronté à un moment ou à un autre, à différents niveaux. »

Le cinéaste privilégie les plans dans la durée, mais sa méthode se veut quant à elle plus hâtive, sur le mode des rencontres au passage. « Je cherchais une manière de capter l’adolescence, de capter des moments de vérité, très rapidement, sans avoir à créer une relation privilégiée avec les jeunes. Les rencontres [dans le bureau du directeur] m’offraient cette possibilité. Parce qu’ils sont confrontés à quelque chose de difficile à vivre, ils oublient vite la caméra. »

Son film est la somme d’instants volés au réel (ou organisés avec lui) qui, mis bout à bout, forment un flux continu qui a séduit le comité de sélection du Forum de la Berlinale, le même qui avait invité La belle visite en 2011. Encore vierge de toute expérience, Caissy avait découvert ici les codes d’un milieu dans lequel il venait d’entrer par la porte de côté. En quelque sorte, la Berlinale lui a appris la marche à suivre.


Collaborateur

Martin Bilodeau séjourne en Allemagne à l’invitation de la Berlinale et avec l’aide de Téléfilm Canada.