Vincenzo Guzzo invite le cinéma québécois à mieux faire rire, croire et pleurer

«Si on avait cinq films porteurs par année, le public prendrait la chance d’aller voir les œuvres plus pointues. C’est une question de proportion», estime le chef des opérations et président exécutif de Cinéma Guzzo, Vincenzo Guzzo.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir «Si on avait cinq films porteurs par année, le public prendrait la chance d’aller voir les œuvres plus pointues. C’est une question de proportion», estime le chef des opérations et président exécutif de Cinéma Guzzo, Vincenzo Guzzo.

Devant le Cercle canadien de Montréal en dîner- causerie à l’hôtel Sheraton, ce lundi, il était un peu en mode réparation de dégâts, Vincenzo Guzzo. Il y a un an et des poussières, le chef des opérations et président exécutif de Cinéma Guzzo avait tenu devant les médias, Maxime Demers du Journal de Montréal en particulier, des propos sur le cinéma québécois en baisse d’auditoire qui avaient causé un choc en la demeure.

 

Il qualifiait les films maison de « lamentards », invitait les cinéastes à divertir leur public (alors que nos productions commerciales, surtout, connaissaient l’échec), en dressant de fâcheux parallèles entre les films subventionnés et les commerciaux, quand les films québécois reçoivent des subsides publics de toute façon.

 

Plus prudent — ses deux avocats étaient dans la salle, au cas où —, las de se faire traiter de « vendeur de pop-corn » par le collègue de La Presse Marc Cassivi, le fougueux exploitant d’empire de salles (au Québec, 150 écrans Guzzo y compris les IMAX, 10cinémas, 35 000 sièges) égrenait ses diplômes (économie, droit), rappelait les hauts faits de la famille Guzzo, jurait de l’importance du cinéma québécois pour sa société.

 

Son point de vue d’homme d’affaires — il a rencontré les médias après la causerie — mérite, la première poussière tombée, d’être entendu.

 

Rappelons que son père Angelo Guzzo (toujours président de la compagnie), exploitant de cinéma depuis 1974, a créé l’empire dont Vincenzo est le vice-président exécutif depuis 1990. Ce dernier préside également l’Association des propriétaires de cinémas du Québec.

 

Le discours de Vincenzo n’a pas vraiment changé, mais il pèse ses mots : « Les chiffres de fréquentation de cinéma sont à la baisse, chez nous comme ailleurs. Si on veut continuer à faire des films, il faudra prendre en compte ce que les gens veulent voir. »

 

Il résume en gros : « 80 % des exploitants de salles du monde vivent des productions américaines, les 20 % restants viennent du cinéma national de chaque région. Ça marchait comme ça ici en 2005, 2006, 2007. Depuis, les 20 % de mon chiffre d’affaires gagnés avec les films québécois sont passés à 3 % et 4 %. On manque de productions qui attirent 500 000, 200 000 personnes. Et il est faux de dire que Guzzo refuse des films québécois. Quand j’ai 14 salles dans un cinéma, je peux présenter sans problème The Hobbit et Le démantèlement. Parfois, les distributeurs ne nous donnent pas certains films, les réservant à des salles plus ciblées. Mais je veux une histoire qui me fasse rire, pleurer, croire en quelque chose. Quand on voit des films dont on ne comprend pas le message, continuellement déprimants, parlant de suicide, ça a une incidence sur la fréquentation. Il faut se mettre dans la peau de gens qui mettent leurs bottes et leur manteau à -20 °C pour sortir au cinéma. Si on avait cinq films porteurs par année, le public prendrait la chance d’aller voir les oeuvres plus pointues. C’est une question de proportion. »

 

Développer l’offre en régions

 

À ses yeux, le téléchargement sur les écrans maison ne tuera pas le cinéma. « On investit dans la technologie. Le virage au numérique m’a coûté 11 millions de dollars en trois ou quatre ans pour équiper mes salles, et le numérique va faire mal aux exploitants pour les cinq ou dix prochaines années. On a souvent prédit la mort du cinéma. Il y a eu le VHS, le DVD, maintenant la vidéo sur demande. Mais le cinéma va être encore là dans dix, quinze, vingt ans. J’espère juste que les artistes du film québécois vont nous suivre. Selon l’avant-goût que j’ai eu des productions à venir, 2014 sera meilleure que 2013. »

 

Il souhaite aussi que la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) crée un fonds — la nouvelle présidente Monique Simard est d’accord sur le principe — pour permettre aux écrans en région d’avoir le film en même temps que les grands centres. « Avec Facebook, les gens savent ce que vaut un film. Ils ont lu des commentaires partout. Attendre trois mois après qu’il a pris l’affiche à Montréal n’a aucun sens. Il faut aussi promouvoir notre cinéma national dans chaque endroit. Ça donne des résultats extraordinaires, quand on tente le coup. »

 

Vincenzo Guzzo affirme croire à l’avenir du cinéma, toutes origines confondues. « On va ajouter 20, 25 écrans dans nos cinémas au cours des cinq prochaines années, dont 2IMAX, car ça marche fort. Mais chose certaine, on ne peut augmenter le coût des billets sans perdre nos clients. Il faut miser sur autre chose pour accroître nos profits : les arcades, la nourriture, mais pas ça. »


 
7 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 4 février 2014 06 h 59

    Sortez

    Rien ne remplacera le grand écran. J'y ai vu récemment Le Démantèlement, Dallas Buyers Club et le magnifique La Grande Belleza. Les films en location sur votre téléviseur ne remplaceront jamais une sortie au cinéma. Allez, un peu de courage. Enfilez bottes et manteaux et faites vous plaisir.

    • Bernard Terreault - Abonné 4 février 2014 09 h 37

      D'accord !

  • Gilbert Talbot - Abonné 4 février 2014 08 h 26

    Pourquoi je vais rarement au cinéma monsieur Gruzzo?

    Pourtant, je m'arrête régulièrement devant les affiches, je les lis entièrement, mais je n'entre pas. La plupart des films américains se ressemblent dans leurs genre respectifs: ils sont prévisibles, pour ne pas dire répétitifs. Ils nem'étonnent plus. e prix des billets est trop élevés, quand je peux chez moi voir le même film sur mon écran maison. Troisièmement je n'aime pas le pop corn.

    Je préfère les vieux films de ciné pop, les bons films québécois comme «le démantèlement» que vous mentionnez. Et je vais encourager le Festival du court métrage de ma région. Mais c'est vrai, je ne dois pas être le cinéphile que vos salles recherchent et qui sont en plus grand nombre.

    • Gilles Emard - Inscrit 4 février 2014 11 h 44

      Entierement d'accord avec vous! Les films americains sont repetitifs,quand allez-vous nous presenter des films qui posent les vrais questions,quand aurons nous des films sur les Palestiniens et non toujours sur la souffrance des juifs! A quand des films produits en Iran,au Perou ou ailleurs? Nous voulons voir autre choses de vrai qui nos fera croire,rire ou pleurer mais vraiement autre chose!!

  • Philippe Riondel - Inscrit 4 février 2014 09 h 49

    J'ai dû voir 3 films au cinéma de début 2011 à fin 2013. La raison? L'inconfort et la promiscuité : les sièges pas toujours confortables, les gens qui me "bouffent" du maïs éclaté aux relents de beurre rance sous le nez dans un grand concert de papier froissé ou qui se passent le sac, les bavards, les retardataires qui viennent se coller comme par hasard devant toi et ne s'enfoncent pas dans leur siège, le son trop fort de la publicité, voire dangereux pour les oreilles, etc. Tout cela a tué mon plaisir d'aller au cinéma... jusqu'à ce que je découvre la semaine dernière le VIP du Carrefour 10/30 : comfort, espace autour des sièges, distance des autres spectateurs, choix des places, service de qualité, etc. Ce concept pourrait me ramener vers les salles obscures.
    Sinon, eh bien, j'ai le même plaisir, sans sortir, en tout confort à la maison avec mon projecteur et mon écran de 13 pieds... Pourquoi devrais-je aller subir tous ces désagréments au cinéma quand je peux avoir in plaisir supérieur à la maison?

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 4 février 2014 15 h 08

      Le fait de ne pas supporter la compagnie (et l'aspect chaotique) des autres êtres humains et de vous ruiner les yeux sur un écran de 13 pieds ne peuvent pas tellement être considérés comme des arguments de taille, mais comparons vos dires à ceux de Mr. Guzzo un instant.

      "... on ne peut pas augmenter le coût des billets sans perdre de clients."

      expérience VIP du 10/30 -> 5 dollards de plus sur un billet déjà fichtrement cher.

      Autrement dit, si je vous comprends bien, le cinéma doit maintenant se tourner vers le luxe pour attirer sa clientèle ? Ou sont passés les visées de diffusion publiques accessible à tous de ce type d'art ?

      On croirait que vous voudriez d'un cinéma équivalent au théâtre classique de l'époque victorienne... mais je vous prête des paroles qui ne sont pas vôtres.

      Société d'individualisme, quand tu nous tiens.

  • Philippe Riondel - Inscrit 4 février 2014 15 h 30

    @Jérémie Poupart Montpetit

    Le problème n'est pas celui de supporter ou de ne pas supporter la compagnie d'autrui, mais de ne pas supporter l'absence de savoir-vivre de certains.
    Vous dites trouver le cinéma cher. Raison de plus pour ne pas vouloir voir son plaisir gâché par les inconvénients que je citais. On ne va pas au cinéma pour prendre un bain de foule, mais pour assister à un spectacle, s'immerger dans une ambiance, une action, une émotion. Ce qui est impossible quand le voisin vous impose ses conversations ou son pop corn.
    Accessoirement, je ne trouve pas que le cinéma ait beaucoup augmenté depuis une dizaine d'années. À une époque où tout augmente, on ne peut que s'en réjouir. Et puis, si le cinéma est cher, on se demande pourquoi les gens se sentent obligés de se gaver pendant un film, au prix où sont les sodas ou les grignotines au cinéma.
    Eh oui! le VIP coûte 5 $ de plus, mais l'expérience vaut la peine. Pouvoir être à fond dans son film, sans aucun irritant, justifie tout à fait ces 5$ de plus et, tout bien considéré, est plus avantageux que de payer 10 ou 11 $ et de voir son film gâché par l'environnement. Cela relève de la même logique que celle qui pousse certains à payer le double du prix d'un billet d'avion pour voyager dans de meilleures conditions.
    Enfin, je vous assure qu'on ne se « ruine » pas les yeux avec un écran de 13 pieds quand on est assis à 10 ou 12 pieds dudit écran. :-)