Jane Campion devient la présidente du jury du 67e Festival de Cannes

Jane Campion est la seule femme à avoir remporté la Palme d’or en 66 éditions du Festival de Cannes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Gérard Julien Jane Campion est la seule femme à avoir remporté la Palme d’or en 66 éditions du Festival de Cannes.

Il était grand temps que la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion accède à la présidence du jury du Festival de Cannes. C’est chose faite avec annonce officielle mardi émanant du cénacle. La voici qui succède à Steven Spielberg qui remit l’an dernier la Palme à Kechiche pour La vie d’Adèle. Jane Campion est à Cannes un objet de curiosité, mais aussi un symbole. Elle est la seule femme à avoir remporté la Palme d’or en 66 éditions du grand rendez-vous de cinéma. C’était en 1993 pour sa merveilleuse Leçon de piano, et encore, elle dut la partager avec Chen Kaige pour Adieu ma concubine. La leçon de piano, qui donnait la vedette à Holly Hunter, Harvey Keitel et à la petite Anna Paquin, dans une Nouvelle-Zélande du XIXe siècle d’un romantisme fou (on songeait aux Hauts du Hurlevent d’Emily Brontë), avait aussi remporté trois Oscar : pour Holly Hunter, Anna Paquin, et pour le meilleur scénario original.

 

À Cannes, les présidentes du jury sont au nombre de onze, la plupart comédiennes, la précédente en liste ayant été Isabelle Huppert en 2009, avant elle l’actrice-réalisatrice Liv Ullmann en 2001. Jeanne Moreau présida deux fois, en 1975 et 1995, Françoise Sagan en 1979, Isabelle Adjani en 1997. Ajoutez Michèle Morgan (1971), Sophia Loren (1966), Olivia de Havilland (1965), Ingrid Bergman (1973). Ce n’est pas le festin des dames, si l’on songe au nombre énorme de cinéastes masculins qui ont présidé ce jury-là, on se demande pourquoi ils n’ont pas pigé plus souvent chez les réalisatrices et les écrivaines. La faible portion de cinéastes femmes en compétition est une source récurrente d’irritation à Cannes, d’autant plus qu’elles font souvent l’honneur des sections parallèles. Et plusieurs voix s’élèvent pour crier à la misogynie. Cette présidence aidera à calmer les esprits.

 

Rappelons que Jane Campion, issue d’un milieu d’artistes (mère actrice, père directeur de théâtre), avait d’abord fait des études en anthropologie et en peinture, avant d’étudier à l’Australian Film, Television and Radio School. Son premier court métrage An Exercice in Discipline — Peel, obtint la Palme d’or du court métrage en 1986 à Cannes, un doublé de palmes au court et au long, qu’elle fut seule à réaliser. En 1989, son premier long métrage Sweetie, sur l’angoisse au féminin et l’émancipation, thèmes de prédilection, était en compétition à Cannes. Quant à l’extraordinaire An Angel at my Table, d’après la vie troublée de sa compatriote écrivaine Janet Frame, il remportait le Grand Prix du jury à la Mostra de Venise. Après l’immense succès de La leçon de piano, la cinéaste parut moins inspirée au cinéma, tant avec The Portrait of a Lady d’après Henry James en 1996 que dans Holy Smoke en 1999, In the Cut en 2003 ou Bright Star en 2009, sur les dernières années du poète John Yeats, en compétition à Cannes. Mais sa série Top of the Lake, sur une inspectrice en quête d’une fillette disparue, connut un grand succès, et elle considère la télé comme un nouveau langage à explorer. L’an dernier, Jane Campion présidait à Cannes le jury de la Cinéfondation et des courts métrages. Elle reçut alors le Carrosse d’or de la Quinzaine des réalisateurs avec projection des deux premiers épisodes de la série Top of the Lake.

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