Nymphomaniac, agitation et controverse autour du porno signé Lars von Trier

Avec ses affiches, le nouveau film de Lars von Trier a créé l’émoi. La sortie du premier volet le 1er janvier a laissé les critiques français partagés.
Photo: Métropole Films Avec ses affiches, le nouveau film de Lars von Trier a créé l’émoi. La sortie du premier volet le 1er janvier a laissé les critiques français partagés.

Le 1er janvier sortait en France le volet un de Nymphomaniac du grand cinéaste danois Lars von Trier. Le film, dit porno, donnant la vedette à Charlotte Gainsbourg en nymphomane autoproclamée, arrivait précédé d’une campagne promotionnelle haletante de six mois : bandes-annonces pimentées, affiches des visages d’acteurs mimant l’orgasme là comme ici sur la Toile.

 

Le film remonte le parcours érotique, avec trois actrices à différents âges, d’une assoiffée sexuelle. Shia LaBeouf, Uma Thurman, Willem Dafoe, Stellan Skarsgärd sont à la distribution. Lars von Trier (comme autrefois pour Les idiots) a mis à contribution des acteurs pornos en doublures, cette fois superposant numériquement le bas des corps des uns aux hauts des autres pour les scènes sexuelles explicites.

 

Nymphomaniac, première partie (deux heures, suite le 29 janvier), reçut des critiques mitigées. Là où le Nouvel Obs y voit une odyssée vaginale « bergmanienne », Les Inrockss’avouent insatisfaits et perplexes et Libération déplore le manque de relief de cette étude de moeurs. La plupart s’étonnent de trouver le film plus sage que prévu, même s’il y eut coupures pour le rendre « présentable ». D’où la mise en garde du cinéaste en panneau d’introduction, affirmant qu’il s’agit d’une version censurée réalisée avec le consentement du cinéaste, mais sans son implication ; traduisez : tronquée de 40 minutes au montage en se passant de ses bons services.


Pas de bousculade au guichet

 

Malgré la grande agitation préalable au royaume, les recettes au guichet français n’ont pas suivi et le brûlot n’attirait au crucial premier jour, selon CBO box-office, que 10 397 spectateurs, contre 64 087 pour la comédie française Jamais le premier soir avec Alexandra Lamy. Peut-être les Français attendent-ils la version complète et non censurée : 5 h 30, avec sortie prévue au cours de 2014, mais les foules ne semblent pas vouloir se ruer au portillon.

 

On verra bien comment ça se passera chez nous. Au Québec, Métropole Films mettra les deux volets de Nymphomaniac à l’affiche en mars et avril, avec version intégrale proposée plus tard dans l’année. Mais il gagnera alors sans doute d’autres circuits que les salles commerciales.

 

En attendant, c’est la Berlinale, où le cinéaste n’avait pas mis les pieds depuis 1984, qui aura en février les honneurs du Nymphomaniac non censuré, hors compétition, le film ayant déjà pris l’affiche ici et là. Bon coup pour Berlin, un des gros concurrents de Cannes, qui adore débaucher ses habitués. Et pied de nez du cinéaste d’Antichrist et de Dancer in the Dark à la Croisette, où il était depuis belle lurette un des enfants chéris de la maison, avant que la sauce ne se gâte.

 

Rappelons qu’en 2011 à Cannes, Lars von Trier, qui accompagnait son film Melancholia en compétition, après avoir proféré des sottises sur Hitler et s’être déclaré nazi, en avait mangé toute une.

 

Il y eut levée de boucliers à travers la globosphère, le festival le déclara non grata, et dans le brouhaha initial, il lui fut même interdit d’approcher du Palais. Exclu pour un an ou à jamais, voilà qui n’était pas clair au début, et le cinéaste danois, après excuses, était reparti piteux et sans doute furieux.

 

Von Trier, un peu autiste au demeurant, a l’habitude de dire des conneries pour provoquer ou pour rien, d’ailleurs, son épouse est juive, et mieux eut valu gérer l’affaire avec discernement. « La controverse était aussi stupide que ce que Lars a dit,déclarait à Variety, le délégué général du festival Thierry Frémaux en novembre dernier. Je lui ai dit qu’il avait fait une mauvaise blague, mais que la controverse était injuste. Rêvons-nous de voir Lars von Trier revenir à Cannes ? Oui. » Mais, humilié, il n’y remettra peut-être jamais les pieds.

 

De fait, Cannes aura tenté en vain d’avoir ce Nymphomaniac intégral dans sa cour et bien des rumeurs en septembre déclaraient l’affaire à tort dans le sac. Un film-choc constitue une arme politique pour l’éternelle guerre des festivals, celle-ci nourrissant à son tour l’énorme campagne promotionnelle d’un film comme celui de Lars von Trier, qui tient en haleine les spectateurs en livrant comme un strip-tease sa porno à petite dose : « Un jour, vous verrez le film au complet ! » La Berlinale se frotte les mains. Le cinéaste de toutes les controverses tient sa revanche. Quant au film, il n’en finit plus de faire parler de lui… au risque de décevoir au fil d’arrivée.

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2 commentaires
  • André Martin - Inscrit 6 janvier 2014 07 h 18

    Beaucoup de bruit égale souvent...rien.

    LVT est un personnage délirant et un auteur vraiment inspiré, mais jamais en même temps apparemment. De l'auteur, j'ai réellement apprécié MELANCHOLIA, BREAKING the WAVES, et les 5 PROPOSITIONS (ces dernières sont parfaitement étonnantes).

    Mais dans sa version sulfureuse (ou mise en marché comme telle), LVT devient bruyant et insignifiant, et même inversement ennuyant. Des passages à vide exprimés n'importe comment, ou peut-être s'agit-il d'un simple ajustement de sa médication?

    Mais quelqu'un devrait le convaincre de s'en occuper sérieusement.

  • Colette Pagé - Inscrite 6 janvier 2014 08 h 33

    Après le Loup de Wall Street un autre brulôt !

    Après le Loup de Wall Street, valorisé par les critiques, un film vulgaire multipliant les scènes d'orgies, de drogues et de cupidité, voilà que Van Lars Trier qui affectionne la provocation et le scandale nous présente un autre brulöt par la multiplication des orgasmes à l'écran. Désormais, afin d'attirer les foules il faut que la sphère privée envahisse la sphère publique et quoi de mieux que la sexualité crue dénuée autant que possible de sentiments. Misère de misère.