Oscar Isaac, comédien-orchestre

La cote de popularité d’Oscar Isaac a grimpé depuis qu’il a incarné l’antihéros et musicien gaffeur de l’Inside Llewyn Davis des frères Coen.
Photo: Séville Films La cote de popularité d’Oscar Isaac a grimpé depuis qu’il a incarné l’antihéros et musicien gaffeur de l’Inside Llewyn Davis des frères Coen.

S’il est un acteur musicien dont le nom vient d’être propulsé à Hollywood, c’est bien Oscar Isaac. Il avait surtout brillé au théâtre, mais tenait depuis quelques années des rôles secondaires au cinéma, entre autres dans Drive de Nicolas Winding Refn, Che de Steven Soderbergh, Robin Hood de Ridley Scott, le plus souvent relégué à l’ombre des stars. Il était au départ guitariste et chanteur du groupe The Blinking Underdogs. Depuis qu’il a incarné brillamment l’antihéros et musicien gaffeur de l’Inside Llewyn Davis des frères Coen, sa cote de popularité a grimpé. Rappelons que le film a remporté le Grand Prix du jury au dernier Festival de Cannes et qu’il s’achemine bon train vers les nominations aux Oscar.

 

Précisons qu’Oscar Isaac, dont le père est cubain et la mère, guatémaltèque, aligne aussi des origines israéliennes et françaises, comédien citoyen du monde qui peut incarner des types de plusieurs nationalités. En entrevue, il affirme avoir désiré comme un fou ce rôle de guitariste folk dans Inside Llewyn Davis. « Les frères Coen sont mes cinéastes favoris, et je suis musicien. » Il avait d’abord envoyé un enregistrement aux Coen, qui l’ont ensuite convoqué et élu entre tous. Inside Llewyn Davis est lié à O Brother Where Art Thou ?,qui témoignait aussi de l’amour des Coen pour le folk américain.

 

Inside Llewyn Davis se situe juste en amont du sacre de Bob Dylan, qui allait révolutionner la scène folk. Le film est inspiré en partie des mémoires de Dave Van Ronk, chanteur-guitariste au Gaslight dans le Greenwich Village des années 50 et 60. Les frères Coen nous le montrent en perdant absolu, gaffeur, repoussé par tous, désargenté, sautant d’un canapé d’amis à un autre, manquant toutes les occasions de lancer sa carrière et semant devant lui des peaux de banane pour mieux y glisser. Oscar Isaac ne lui ressemblait guère physiquement : Van Ronk était corpulent et avait la voix rauque. Pas lui. Mais qu’importe ? « Les Coen étaient formels : tous les chanteurs-musiciens devaient jouer les morceaux du début à la fin, sans coupures. C’était comme une sorte de documentaire sur le Greenwich des années 60 », précise Oscar Isaac. « Au départ, je ne connaissais pas Van Ronk. Son autobiographie constitue une base pour le film, mais il y a d’autres sources, aussi des grands pans de fiction. »

 

Au dernier Festival de Cannes, le légendaire T-Bone Burnett, qui a supervisé la musique du film, ne tarissait pas d’éloges sur le comédien, en qui il voyait la huitième merveille du monde pour avoir appris à la vitesse de l’éclair le « Travis picking » utilisé par Van Ronk à la guitare, parce qu’il pouvait jouer n’importe quoi, chantait bien, également pour ses incontestables talents de comédien. Quant au principal intéressé, il flotte sur un nuage. « Ce film a changé le cours de ma carrière. C’était l’incarnation d’un rêve. »

 

Oscar Isaac voit Llewyn Davis comme un musicien intègre, qui ne s’est pas vendu et y sacrifia la possibilité d’une carrière plus brillante. « Les cinéastes m’avaient interdit de sourire, ce qui me frustrait car je ne pouvais exprimer mon bonheur de jouer dans ce film-là. L’humour provient des situations, jamais de mon personnage qui exprimait surtout la tristesse de Llewyn. »

 

Élément comique servi en running gag : le chat roux qu’Oscar trimballe parce qu’il l’a laissé s’échapper d’un des appartements où il crèche. « Il y avait quatre ou cinq chats roux différents, avoue-t-il, tous dotés de personnalités différentes, dont certains étaient de vrais enragés. »

 

Le comédien avait déjà donné la réplique à l’actrice Carey Mulligan dans Drive et la retrouvait avec plaisir. Ici, elle incarne une chanteuse à la Mary Travers du groupe Peter, Paul and Mary, toutes griffes dehors, mais secrètement généreuse, qui chante en duo avec son mari incarné par nul autre que la star du pop et du hip-hop Justin Timberlake, méconnaissable sous sa barbiche. On avait déjà entendu Carey Mulligan pousser la rengaine (New York, New York de Frank Sinatra) dans Shame de Steve McQueen. Mais le personnage incarné par John Goodman, vieux complice des frères Coen, a particulièrement impressionné Oscar Isaac. « Il incarne une sorte de monstre, un gros musicien de jazz en béquilles de la vieille école, toxicomane, snob et méprisant. Les Coen lui avaient demandé de jouer dans le style d’Orson Welles dans Touch of Evil. »

 

Le comédien-musicien croyait aller à la rencontre de cinéastes quelque peu tyranniques et s’étonna de trouver les Coen à la fois très organisés et peu bavards.

 

Chose certaine, ce film fut sa clé d’or. Depuis, Oscar Isaac a croulé sous les propositions. « J’ai joué depuis dans quatre films, tous indépendants. » On le verra bientôt notamment dans Two Faces of January de Hossein Amini et aux côtés d’Elizabeth Olsen dans Therese de Charlie Stratton, une adaptation du roman de Zola Thérèse Raquin.

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