Derrière devant

Photo: Walt Disney Productions/Buena Vista Productions

On comprend d’entrée de jeu pourquoi Emma Thompson s’est tant battue pour obtenir le rôle de l’auteure de Mary Poppins, P. L. Travers. On retrouve dans ce personnage, au centre de la comédie dramatique Saving Mr. Banks, d’immenses qualités de coeur, tassées bien serré sous une carapace de vieille fille glaçante et frisée comme un bichon. Quelque chose en somme d’une double identité à la fois en contradiction et en complémentarité l’une avec l’autre. Bref, un beau défi pour l’actrice anglaise de 54 ans, oscarisée il y a vingt ans pour Howard’s End. Celle-ci l’a relevé avec brio, élevant du coup le niveau d’un film un peu artificiel et longuet sous son éclatante surface, signé John Lee Hancock (The Blind Side).

 

L’action de Saving Mr. Banks est focalisée sur la relation de Travers, écrivaine londonienne bientôt à sec côté finances, et de Walt Disney (Tom Hanks, sobre et juste), nabab de Hollywood désireux d’adapter Mary Poppins au grand écran. Elle résiste à l’idée depuis vingt ans. Lui, tenu par une promesse faite à ses filles, ne lâche pas prise. Il l’invite à Hollywood pour qu’elle supervise l’écriture du film en projet avec deux scénaristes embauchés et lui donne droit de veto sur toutes les décisions. Droit dont elle abuse, de façon à protéger, nous le comprendrons au fur et à mesure des flash-back (lourds comme une tonne de brique, avec Colin Farrell dans la peau du père banquier), le secret de famille faufilé dans les mailles de cette histoire.

 

Hancock tente de recréer, dans sa forme propre, l’innocence des films en studio de l’époque : pelouses synthétiques, carrosseries astiquées, façades en trompe-l’oeil, etc. Mais ce parti pris du faux, aussi consciencieux soit-il et poussé jusque dans les costumes (surtout ceux de l’héroïne, magnifiques), en vient presque à dénaturer ce film-hommage sur les coulisses du cinéma. Nous devrions nous situer derrière l’illusion. Le film nous place en plein devant.

 

Subsiste malgré tout une oeuvre très contrôlée, qui possède ses temps forts et ses fulgurances. Et ses bonnes idées. L’une d’entre elles ayant pour nom Paul Giamatti. Dans le rôle du chauffeur chargé d’escorter Travers depuis son hôtel jusqu’au studio, il a la fonction de faire s’extérioriser le personnage. Le rôle, a priori ingrat, prend de l’étoffe à mesure que le récit avance et que la carapace de Travers laisse apparaître ses premières fissures. Sur les spectateurs, Saving Mr. Banks procure le même effet d’échauffement progressif.

 

 

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