La tragédie des rendez-vous manqués

Victoire Belezy est vibrante dans la peau de Fanny.
Photo: Métropole Films Victoire Belezy est vibrante dans la peau de Fanny.

Et de deux ! Alors que le premier volet de la trilogie marseillaise de Pagnol, Marius, gagnait nos salles la semaine dernière, voici déjà la suite, Fanny, sur nos écrans. César devrait suivre un jour. On conseille fortement au public de voir Marius avant Fanny, pour mieux s’y retrouver.

 

Comme pour Marius, le côté « cinéma de papa », marque de commerce de l’acteur à titre de réalisateur (il avait porté en pire à l’écran La fille du puisatier du même Pagnol), empêche Fanny d’offrir à la pièce une charge nouvelle, mais la sincérité pataude de Daniel Auteuil possède une sorte de fraîcheur. Incarnant toujours César (plusieurs ne peuvent s’empêcher de comparer sa prestation à celle de Raimu dans les films des années 30), il y met du coeur et du talent.


Charge émotive

 

Fanny est une oeuvre à la fois plus sentimentale et moins originale que Marius, ce qui accroît la charge émotive, mais lui fait perdre des dents. Les mots continuent à toucher à cause du génie de Pagnol, même si aucune prouesse de mise de scène n’est au programme. Et puis, Auteuil, Jean-Pierre Darroussin en Panisse (l’homme riche qui épouse Fanny après que Marius l’eut abandonnée pour voguer sur les sept mers), la vibrante Victoire Belezy dans la peau de Fanny et la merveilleuse Marie-Anne Chazel en mère louve livrent des interprétations d’excellent niveau.

 

On sent quand même la pièce de théâtre derrière le film aux rares décors intérieurs : le bar de César, la maison de Panisse, celle de la mère de Fanny. Les façades des maisons du port sont construites de façon assez malhabile. L’accent marseillais demeure mieux imité par certains que par d’autres, ce qui irrite, même si Ariane Ascaride, authentique enfant du pays, est appelée ici en renfort pour jouer Claudine, la tante de Fanny.

 

La magie propre à ce petit monde marseillais joue toujours, malgré les faiblesses du film. Par ailleurs, il est toujours intéressant de constater à quel point il ne faisait pas bon être femme à l’époque (la pièce Fanny a été écrite en 1931), surtout dans le bassin méditerranéen, particulièrement conservateur en France, mais ça valait pour le Québec aussi. Et les émois de Fanny, enceinte sans mari, obligée d’épouser un homme qu’elle n’aime pas pour préserver l’honneur de la famille, touchent d’autant plus que Pagnol ne remettait pas en question l’ordre établi. Tous les personnages savent qu’elle n’aurait pu devenir fille-mère sans le payer fort cher. Outre la tragédie des rendez-vous manqués, thème du film, celle de la condition féminine est au coeur de Fanny.

 

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